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"Walabok" de Fatou Kandé Senghor, une série portrait de la jeunesse hip hop

Dakar, 16 juin (APS) - La série "Walabok" dont le tournage a été bouclé fin mai à Dakar, à l’initiative de la réalisatrice sénégalaise Fatou Kandé Senghor, se propose de dresser le portrait d’une certaine frange de la jeunesse sénégalaise à travers le prisme de la culture hip hop, dont la banlieue des grandes villes représentent très souvent le meilleur champ d’expérimentation.

La cinéaste invite à "une réflexion sur la survie" tout au long de cette série de 26 épisodes de 26 minutes chacune, dans laquelle elle se propose de dresser "le portrait d’une certaine jeunesse sénégalaise à travers le prisme de la culture hip hop".

’’Walabok’’, actuellement en phase de post-production après un tournage d’un an et demi, "aborde le sujet de la jeunesse sénégalaise, à travers le prisme de la culture hip hop. C’est une intrusion dans la tête et l’univers des jeunes nés et élevés dans la banlieue populaire dakaroise", explique la réalisatrice dans un entretien avec l’APS.

Fatou Kandé Senghor, pour les besoins du tournage de cette série, a posé sa caméra à Pikine et Thiaroye notamment, des quartiers parmi d’autres de la banlieue dakaroise dont les habitants sont réputés pour leur sens de la solidarité et leur grande capacité pour la débrouillardise.

La réalisatrice s’est aussi intéressée à des lieux de culture consignés pour rendre compte d’un "univers surpeuplé à l’architecture sauvage où toute une jeunesse révoltée contre les injustices sociales a grandi, nourrissant les rêves d’une vie meilleure".

Cette comédie dramatique conçue comme un feuilleton dresse ainsi un portrait où toutes les couches sociales sont touchées, car pour la cinéaste, "le rap n’est pas toujours pratiqué dans les quartiers où il n’y a pas à manger".

"Même dans les quartiers huppés, les gens cherchent à survivre. Tous ceux qui convergent vers la ville le matin cherchent à survivre", lance la réalisatrice dont la série se veut une contribution au mouvement hip hop, à son histoire et à sa compréhension.

Fatou Kandé Senghor précise toutefois que la série "Walabok" ne se résume pas en une adaptation de son ouvrage "Wala Bok : une histoire orale du hip hop au Sénégal", édité en 2015 chez "Amalion Dakar", lequel livre telle une anthologie, fait découvrir de l’intérieur le mouvement hip hop raconté par ses acteurs.

’’Walabok’’, pour sa part, est tout à la fois un film et un téléfilm, entre documentaire, fiction et le live, avec des concerts d’artistes rappeurs immortalisés par la caméra de la réalisatrice.
 
Fatou Kandé Senghor utilise ainsi toutes les ressources de ses archives audio et ses clichés dont certains datant de plus de 25 ans.

Elle reconnait toutefois que son ouvrage "est la matière première de la série’’, dans la mesure où "chaque rappeur, danseur et graffiteur qui a pu me raconter son histoire dans le livre, s’est retrouvé dans le scénario de la série".

"Tous ceux dont leur histoire figure dans cette anthologie, sont les auteurs, coauteurs et scénaristes de ce projet", a ajouté Fatou Kandé Senghor.

La trame de la série "Walabok" est construite autour de l’histoire d’une jeune fille de 18 ans initiée au hip hop par son grand frère, le leader Ada K-Nibal, un radical du hip hop qui la prend par la main.

Sa mère Moosaane, vendeuse de poisson et de légumes au marché, élève seule ses enfants dont l’aîné est en prison après l’absence d’un père introuvable après un départ vers l’étranger…

"Elle n’a pas le cœur à célébrer sa mort, mais elle a développé beaucoup de rage et de rancune", lit-on dans le scénario de la série.

Ada K-Nibal, qui déteste le hip hop commercial, essaie de montrer à sa sœur Nina (nom de l’héroïne) que le rap est une culture qui peut lui apporter beaucoup. "On n’est pas dans l’éphémère, répète-t-il à sa sœur.

Nina crée son groupe et choisit de l’appeler "PBS girl", du nom d’un groupe de rap historique sénégalais, et va voir Duggy-Tee, un des leaders dudit groupe, qui lui raconte son parcours et les obstacles à éviter. Dj Gee Bayss - un DJ de renom - lui donne aussi des conseils.

"C’est dans ce sens que le documentaire intervient dans le film où il y a Fou Malade, Nitt Dof, Niagass, Xuman, Daara J Family, Keyti, etc.", souligne Fatou Kandé Senghor, également plasticienne et photographe, à l’initiative d’une plateforme, fenêtre qui donne aux adultes et aux plus jeunes la possibilité d’intéragir et de rester en contact lorsqu’ils ne sont pas ensemble.

Il reste que la femme demeure au cœur de cette série sous la forme d’un tableau par lequel la réalisatrice décrit et présente différents milieux connus du public ou des situations vécus.

Sur la base de ce tableau, la série "Walabok" se présente comme "un mélange de drame et d’humour subtil invitant à l’introspection, à la prise de conscience et au changement", analyse sa réalisatrice qui considère son œuvre comme un projet d’art visuel et une contribution à la culture du mouvement hip hop dont elle se revendique.

Elle a travaillé sur ce projet avec deux autres réalisateurs, à savoir le Sénégalais Pape Abdoulaye Seck, auteur du court métrage "Sagar", et le Béninois Zul Klifi.

Fatou Kandé Senghor, qui a été costumière du réalisateur Ousmane Sembène dans le film "Faat Kiné" (2000), compte dans sa filmographie plusieurs documentaires, parmi lesquels "Diola Tigi" (2008). Elle a aussi réalisé "L’Autre en moi" (2012) "Giving Birth" (Donner naissance), ainsi qu’un portait de la plasticienne Seyni Kamara (2015).

La cinéaste a par ailleurs participé à la réalisation de la série africaine "C’est la vie", tournée en 2017.

FKS/BK/ASG