L’art et le cinéma, des facteurs de paix, selon une cinéaste malienne
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AFRIQUE-CINEMA

L’art et le cinéma, des facteurs de paix, selon une cinéaste malienne

Dakar, 24 fév (APS) – L’art et le cinéma en particulier peuvent contribuer au changement des mentalités et des comportements dans la recherche de la paix au Mali et ailleurs en Afrique, estime l’actrice malienne Fatoumata Coulibaly, héroïne du film ‘’Moolaadé’’ de Sembene Ousmane (1923-2007). 
 
Le long métrage fiction‘’Moolaadé’’, projeté dans les villages les plus reculés du Mali et ailleurs en Afrique, a beaucoup servi dans la sensibilisation sur les méfaits de l’excision, souligne Fatoumata Coulibaly dans un entretien avec l’APS.
 
L’actrice malienne est présente à Dakar dans le cadre de la 4ème édition du ‘’Festival films femmes Afrique’’ (21-29 février).
 
Dans le dernier film du cinéaste sénégalais Sembene Ousmane, réalisé en 2004, elle joue le personnage principal d’une mère excisée qui a souffert des séquelles de l’excision dans ses rapports conjugaux et s’est battue pour soustraire son unique fille de ce rituel traditionnel.
 
Fatoumata Coulibaly, qui a joué son rôle sous le pseudonyme de Collé Ardo Gallo Sy, est convaincue que des films ou des pièces de théâtre peuvent aider à unir les cœurs séparés par la guerre. 
 
Son film ‘’L’après coup, la voix des Maliennes’’, coréalisé avec la Québécoise Erica Pomerance, sera présenté mardi, à 15 heures, au Centre de recherche ouest africain (WARC). Celui-ci donne la parole aux femmes pour une recherche de solution à la crise qui sévit au Mali depuis 2012. 
 
‘’On ne peut pas marcher et aller d’une case à une autre pour sensibiliser. Seule l’image avec les films peut véhiculer les messages jusqu’au fin fond des villages. Avec le cinéma, en montrant cela à la population, que ce soit à la télévision ou sur la place publique, les gens vont entendre et se sentiront concernés et sensibilisés, et à travers cela, il peut y avoir la paix’’, explique l’artiste. 
 
Selon elle, ‘’il faut diffuser les films dans nos langues africaines’’, avec des débats pour ‘’permettre à la population de comprendre les enjeux des conflits’’. De cette façon, on unirait ‘’les cœur, surtout entre peuls et dogons’’. 
 
‘’Le cinéma peut apporter beaucoup de changements dans nos comportements, dans les mentalités au Mali, en Afrique et ailleurs’’, dit-elle. Cela ne peut toutefois se faire que si les hommes de cinéma et de théâtre sont ‘’écoutés’’, pense-t-elle. 
 
‘’Dans nos pays, souvent, on a tendance à négliger les hommes de culture, surtout les réalisateurs, les hommes de théâtre et autres. On ne nous appuie pas pour produire, pour diffuser. Si on nous soutenait pour des productions sur ces sujets de la cohésion sociale, et autres et avec des caravanes de diffusion, la population serait sensibilisée ’’, dit l’artiste, meurtrie par les tueries au nord Mali. 
 
Revenant sur le film ‘’Moolaadé’’ de Sembene Ousmane, Fatoumata Coulibaly affirme que le thème qu’il aborde est son combat personnel, car ayant elle-même été excisée. 
 
‘’Ce film, c’est moi-même. J’ai été excisée, je n’ai pas honte de le dire. A l’âge de 15 ans, j’ai vu des filles mourir à cause de l’hémorragie après l’excision, j’ai pris alors la décision de me battre contre l’excision’’, justifie l’actrice Collé Ardo Gallo Sy. 
 
Elle explique que c’est ainsi tout naturellement qu’elle s’est présentée au casting de celui qu’elle appelle affectueusement ‘’Papa Sembene’’. 
 
 ‘’Quand j’ai été retenue, j’ai levé mes deux bras vers le ciel pour remercier Dieu, j’étais ivre de joie de jouer ce rôle. J’ai essayé de donner le meilleur de moi-même’’, se rappelle-t-elle. 
 
Fatoumata Coulibaly, journalistes à l’Office de Radiodiffusion Télévision malienne (ORTM), dit avoir joué pour la nouvelle génération et celle future. Elle estime que le film ‘’Moolaadé’’ a beaucoup apporté au combat des associations féminines au Mali. 
 
‘’Le fait de montrer ce film joué par des Africains qui viennent de cette culture de l’excision, beaucoup de gens ont pleuré lors des discussions en peul, bambara, wolof, etc. Les hommes qui regardaient, car beaucoup partent dès les premières images, ont découvert des choses. Et cela a aidé à la compréhension du sujet’’, dit-elle. 
 
Il n’en demeure pas moins que d’après elle, des gens continuent encore à croire que ‘’ce sont les Blancs’’ qui sont derrière le combat contre l’excision. 
 
‘’Même des intellectuelles, des avocats sont contre ce combat contre l’excision. J’ai reçu de nombreuses critiques et insultes lors de projections’’, confie-t-elle.
 
Contrairement au Sénégal où une loi du 23 janvier 1999 pénalise la pratique, ‘’au Mali, il est simplement interdit de pratiquer l’excision dans les centres de santé’’. 
 
‘’Les gens combattaient la pratique de l’excision, mais pas les autorités. A la radio et à la télévision, on en parlait pas, parler de sexe était interdit […]’’, rappelle-t-elle, relevant un changement depuis plusieurs années, grâce au film et à la sensibilisation des femmes et hommes. 
 
‘’Le 6 février, partout au Mali, on en parle. C’est pourquoi il y a eu des abandons de couteaux’’, explique-t-elle.
 
En attendant, l’héroïne de Moolaadé semble loin de baisser la garde. ‘’Je résiste encore comme mon pays résiste aux terroristes qui veulent semer la zizanie au Mali’’, lance-t-elle.


FKS/ASG/MD