Des universitaires revisitent l’œuvre d’Idrissa Ouédraogo
APS
AFRIQUE-CINEMA-HOMMAGE

Des universitaires revisitent l’œuvre d’Idrissa Ouédraogo

Ouagadougou (Burkina Faso), 21 fev (APS) – Des universitaires venus du Sénégal, Niger, Bénin, France, Canada et du Burkina Faso ont revisité, vendredi, l’œuvre du défunt cinéaste burkinabé Idrissa Ouédraogo (1954-2018) lors d’un colloque international, en hommage au réalisateur, à l’université Ouaga 1 professeur Joseph Ki-Zerbo.

Pour l’universitaire sénégalaise Hadja Maïmouna Niang, ’’le cinéma de Idrissa Ouédraogo, même s’il est ancré sur l’esthétique, a une forte dose d’engagement social’’.

’’Quand vous suivez les films de Idrissa Ouédraogo, vous vous dites que ce sont des films esthétiques comme +Yaaba+ (1989) ou +Tilaï+ (1990), c’est l’art pour l’art. Et lui disait qu’il fait seulement des images, (…). Mais au fond, à travers son cinéma, on voit qu’il était engagé socialement pour sa communauté’’, explique Hadja Maïmouna Niang.

Ousmane Sembène faisait un cinéma ‘’militant’’, mais ‘’Idrissa faisait ce que j’appelle du +Trompe l’œil+, car au-delà des images, il y avait toujours cet engagement pour la communauté’’, souligne Mme Niang.

L’universitaire de Thiès qui a axé sa communication sur le sujet ’’A la recherche de la maternité de +Samba Traoré+ de Idrissa Ouédraogo réalisé en 1993 au regard de +Borom sarret de Sembène Ousmane datant de 1963’’ relève l’actualité du problème de la maternité en Afrique.

’’Entre les films +Samba Traoré+ et +Borom sarett+ qui ont vingt ans d’intervalle, on traite une séquence similaire où la femme est transportée à bord d’une charrette pour la maternité. Aujourd’hui encore, à travers les journaux télévisions, on voit des femmes réclamer la construction de maternité. De 1963 à 1993 et jusqu’à en 2019, on est au même point en Afrique. Ces cinéastes sont en phase avec l’actualité de leur continent’’, indique-t-elle.

Ses collègues Andrée-Marie Diagne Bonané de la Faculté des sciences et technologies de l’éducation et de la formation (FASTEF) et Fatou Ndoye Fall de l’université de Bambey ont à travers la communication ’’L’Africanité par et pour le cinéma’’ ont montré que ’’le cinéma de Idrissa Ouédraogo est nourri des réalités africaines’’.

’’Le cinéma de Idrissa Ouédraogo enfonce ses racines dans les réalités africaines. D’abord la réalité de son ethnie, il est Mossi, sa région natal Banfora, mais aussi du Burkina Faso et de toute l’Afrique puisqu’il a fait des films en Côte d’Ivoire, en Afrique du Sud. (…), à travers les costumes, la coiffure, le mode d’habitat…, on le retrouve dans sa filmographie’’, note Mme Diagne maitre de conférence à la FASTEF.

Idrissa Ouédraogo, ’’un des plus grands cinéastes africains a voulu un primitivisme qui est une certaine Afrique avant la colonisation, c’est une société qui a son harmonie et ses règles très strictes, mais qui était équilibrée et les gens y trouvaient leur bonheur’’, ajoute t-elle.

Toutefois, relève Andrée-Marie Diagne Bonané, d’origine burkinabé, ‘’Idrissa Ouédraogo a montré que l’Afrique était en contact avec la modernité dans +Yam Daabo+ (1986) et +Le cri du cœur+ (1994) avec le thème de l’émigration’’.

Pour l’universitaire Fatou Ndoye Fall, ‘’Idrissa Ouédraogo a lutté pour le rayonnement de l’Afrique et des Africains en particulier comme ses aînés Léopold Sédar Senghor, etc. Avec l’image, il nous a montrés les réalités africaines, personne ne pouvait rester intact après les films de Idrissa’’, dit-elle.

Mais ce qui l’attire surtout dans la riche filmographie du défunt cinéaste est cette ’’prise de position face aux blancs’’.

’’En un moment, il a reconnu vouloir faire comme le blanc, l’imiter et avoir une certaine reconnaissance, mais au fur et à mesure que son art murissait, il s’est imposé avec ce refus intellectuel d’une globalisation. Il dit qu’il n’y pas un cinéma africain, mais des cinémas africains. Il est un modèle pour les cinéastes’’, dit Fatou Ndoye Fall, professeur de Lettres modernes.

D’autres témoignages ont été livrés sur l’homme et son œuvre devant sa veuve, Sanata Ouaédraogo, le ministre de la Culture du Burkina Faso, Abdoul Karim Sango et le délégué général du FESPACO, Adiouma Soma.

Pour le professeur Joseph Paré, président du comité scientifique, le colloque hommage à Idrissa Ouédraogo, une initiative du Laboratoire langue, discours et pratiques artistiques (LADIPA), organisé à quelques jours avant la célébration du cinquantenaire du FESPACO est ’’une contribution de la communauté universitaire à la réflexion sur le devenir du cinéma africain’’.

Le cinéaste Idrissa Ouédraogo, disparu le 18 février 2018 à l’âge de 64 ans, est auteur de plus d’une quarantaine de films dont certains ont été distingués à travers le monde.

Il s’agit de ‘’Yaaba’’ qui a obtenu en 1989 le prix de la critique au festival de Cannes.

En 1990, le film ‘’Tilaï’’ décroche le Grand prix du jury au festival de Cannes et un an plus tard remporte l’Etalon d’or de Yennenga à la 12 édition du festival. C’était alors le premier Etalon du Burkina Faso.

Documentaires, docu-fictions, séries-télés, le réalisateur burkinabé a exploré tous les genres cinématographiques et s’est investi dans tous les domaines du cinéma (réalisateur, producteur, exploitant et formateur).

FKS/OID