Un abécédaire de l’édition 2018 de la biennale de l’art africain contemporain
APS
SENEGAL-CULTURE

Un abécédaire de l’édition 2018 de la biennale de l’art africain contemporain

Dakar, 6 juin (APS) – La 13-ème édition de la biennale de l’art africain contemporain (Dak’Art, 3 mai-2 juin), qui s’est achevée samedi, a été riche en expositions axées sur des thématiques en tous genres. Entre l’exposition internationale "In" de l’ancien Palais de Justice et les manifestations "Off" (plus de 300), en voici un abécédaire.

==A comme ABSENTS : Leur ombre a plané sur la 13-ème édition de la biennale de l’art africain contemporain de Dakar (Dak’Art). Leurs noms ont été évoqués dans les discussions et échanges entre professionnels et amateurs d’art, et, pour certains d’entre eux, leur héritage célébré à travers la présentation de leurs œuvres.

Cette biennale est la première sans la silhouette d’artistes décédés entre deux éditions : les sculpteurs Ndary Lô et Ousmane Sow ont eu droit, le premier à une pièce à l’ancien Palais de Justice, où ses œuvres ont été présentées à côtés des artistes sélectionnés pour l’exposition officielle, le second à l’inauguration de la Maison qui porte son nom ; les peintres Issa Samb alias Joe Ouakam et Bouna Médoune Sèye ont eu droit à des hommages dans une évocation de l’esprit du laboratoire Agit’Art, dont ils étaient tous les deux membres.

Wasis Diop a présenté le film "17 rue Jules Ferry" sur Joe Ouakam. Le nom d’Ibou Diouf, lui aussi, pilier de l’Ecole de Dakar, était évoqué. 

==B comme BUDGET : l’édition 2018 du Dak’Art s’est ouverte, le 3 mai, par une annonce forte du président de la République Macky Sall. Pour illustrer sa volonté de soutenir la biennale, le chef de l’Etat a décidé de faire de la subvention de l’Etat du Sénégal, 500 millions de francs CFA pour chaque édition, une contribution annuelle. Déjà en 2016, il avait annoncé et mis en œuvre une augmentation de cette même subvention, passée alors d’environ 300 millions de francs à 500 millions de francs.

==C comme CATALOGUES : A l’ouverture de la 13-ème édition, le 3 mai, le catalogue présentant le Dak’Art 2018 dans ses orientations, la présentation des artistes de la sélection officielle (exposition internationale, expositions des commissaires invités et des pavillons) était disponible. Quelques jours plus tard, le tome 2 a été rendu public, portant notamment sur le contenu de l’édition elle-même en termes de réflexions et de présentation des contributions faites lors des rencontres et échanges ayant réuni des chercheurs, professionnels et amateurs d’art de différents continents.

==D comme DENSITE : Les habitués de la biennale de Dakar sont unanimes à le dire : jamais édition n’a été aussi riche en expositions et activités diverses. Plusieurs records ont été battus. "C’est trop !" a été le commentaire le plus entendu à ce sujet.

Quelque 75 artistes ont présenté leur travail dans le cadre du "In" à l’ancien Palais de Justice ; 327 manifestations ont été répertoriées pour le compte du "Off". Dans la première semaine de la biennale, une moyenne de 30 vernissages quotidiens a été enregistrée.

==E comme ENFANTS : la conscience qu’il faut amener les enfants voir les manifestations artistiques et culturelles commence à prendre, contribuant à les familiariser avec des pratiques et démarches qui peuvent ouvrir leur esprit sur un univers.

Pour cette 13-ème édition de la biennale de l’art africain contemporain, il y avait des ateliers "enfants" à l’ancien Palais de Justice, au Centre culturel Blaise Senghor et à la Maison de la Culture Douta Seck. Les enfants y ont allié visites d’expositions et activités d’éveil sous la supervision de moniteurs préposés à la tâche.

==F comme FEMMES : Deux expositions ont présenté des travaux réalisés par des femmes. La première, intitulée "I Be Lady O", au siège de la Fondation Heinrich Böll, a réuni dix artistes autour du thème de la prise de parole, et avec comme référence le combat de la femme politique et activiste nigériane Funmilayo Ramson-Kuti, militante du combat pour la défense des droits des femmes. La seconde, a été organisée au Musée de la Femme Henriette Bathily, à la Place du Souvenir, sous le titre "Dénouées ?". Quinze artistes y ont présenté leurs œuvres dans une exposition collective ayant pour but de célébrer "une dynamique de création, sous le sceau d’une féminité bienveillante". 

==H comme HEURE ROUGE : Comme un cri de ralliement, le thème de l’édition 2018 du Dak’Art, tiré du recueil du poète Aimé Césaire (1913-2008), "Et les chiens se taisaient", a été réinterprété à différents niveaux par les participants à la biennale. Ceux-ci se sont surtout réapproprié le sens que Césaire donne à cette expression, la renvoyant à l’idée d’accomplissement, de liberté, de responsabilité et d’invention d’une nouvelle humanité.

==M comme MAI 68 : Dak’Art 2018 ne pouvait passer à côté du cinquantenaire de la crise sociopolitique du mois de mai 1968, partie d’une grève à l’Université de Dakar et qui s’est amplifiée avec l’implication des syndicats et des lycéens. Toutes choses qui ont ébranlé le régime du président Léopold Sédar Senghor.

C’est au Raw Material Company, centre pour l’art, le savoir et la société, que l’on a assisté à une relecture de cet épisode marquant de l’histoire du Sénégal contemporain. Le 5 mai, il y a un triptyque autour du thème "la révolution viendra sous une forme non encore imaginable" avec une sismographie des luttes par Zahia Rahmania, "1968-1988 : au lendemain de la révolution ?".

Les visiteurs ont eu notamment droit à une performance d’acteurs de Mai 68 à Dakar avec l’historien Babacar Diop dit Buuba au mégaphone.

== O comme OFF : le dynamisme de la partie "Off" de la biennale de Dakar n’a jamais été aussi fort qu’à l’occasion de cette 13-ème édition. Avec un total de 327 expositions, disséminées essentiellement dans la capitale et dans les régions pour quelques-unes d’entre elles.

De très belles expositions ont été organisées dans ce cadre, les initiateurs comptant uniquement sur leurs propres ou des soutiens de sponsors intéressés par les thématiques abordées. Il est arrivé qu’on retrouve des artistes dans plusieurs expositions : c’est le cas de Soly, visible à Gorée (Fondation Dapper), au Pavillon Sénégal ; de Daouda Ndiaye, dont les travaux ont été exposés à l’ancien marché malien, près de la gare (Agit’Art), à l’exposition "Terrapie" (Ouakam).

== P comme Palais de Justice : Comme en 2016, le bâtiment de l’ancien Palais de Justice a abrité l’exposition internationale – le "In" -, laquelle a réuni les œuvres et installations de 75 artistes venus du continent et de sa diaspora.

Le cadre s’y prête, et, en 2016, le président du comité d’orientation de la biennale, Baïdy Agne, avait demandé et obtenu du chef de l’Etat Macky Sall l’affectation de cette bâtisse au secteur des arts et de la culture. Mais la demande n’ayant pas été suivie d’une réfection du Palais, M. Agne a réitéré le 3 mai dernier la requête, demandant au président de la République de responsabiliser un ministère pour que les travaux de réhabilitation puissent se faire "conformément aux normes et procédures".

== R comme Rencontres et Rwanda : Les rencontres scientifiques ont eu ceci de spécifique cette année qu’elles ont été centrées sur les relations dialectiques entre "art et histoire", "art et savoir", "art et argent"… Les participants, professionnels, chercheurs, critiques ont planché sur ces problématiques.

Le Rwanda quant à lui, était l’un des deux pays invités d’honneur de la biennale 2018 ; Il était ainsi "mis à l’honneur pour une démonstration de sa créativité" artistique contemporaine. Sa présence s’intégrait dans le thème général de "L’Heure Rouge", lequel parle d’émancipation, de liberté et de responsabilité.

Les œuvres que les artistes rwandais vont présenter à Dak’Art 2018 sont l’expression de cette ambition de renouveau. La sélection Rwandaise porte sur la peinture, la sculpture, le cinéma et la mode. Le commissaire à l’exposition du Rwanda, André Ntagwabira, est chercheur en archéologie à l’Institut des musées nationaux du Rwanda (INMR) depuis 2013.

Les artistes sélectionnés sont Bernard Birasa, peintre, sculpteur et cameraman, Cynthia Rupari, model designer, propriétaire d’une maison de mode de couture appelée Rupari Agency Ltd., Trésor Senga, directeur et producteur de films connu dans l’industrie du cinéma Rwandais et est-africain.

== S comme SENEGAL : le Sénégal a eu droit cette année à un pavillon où ont été exposées des œuvres représentatives de création artistique du pays depuis une soixantaine d’années. C’est l’artiste et enseignant Viyé Diba qui en a été le commissaire.

Les différentes propositions artistiques qui y sont exposées le sont sous le titre "La brèche", sont l’illustration d’un concept qui allie examen d’une trajectoire, souci de montrer les réponses des artistes aux contingences de différentes époques et redéfinition d’un cadre concept permettant de redonner vie à la personnalité culturelle du Sénégal. De Papa Ibra Tall à Henri Sagna, en passant par Momar Seck, Mansour Ciss, Fatou Kandé Senghor, le potières de Podor, TT Fons, Yaya Bâ, Aissa Dionne, Soly Cissé, Mbaye Babacar Diouf, entre autres, différentes générations ont contribué à donner corps à la réalisation.

== T comme TUNISIE : la Tunisie était l’autre pays invité d’honneur. Sa présence s’est faite autour d’une exposition sous le thème "Tenir la route" avec 15 artistes. La commissaire de l’exposition Rachida Triki a expliqué que "c’est un honneur qui est fait à la Tunisie d’autant plus que le projet de la Biennale répond tout à fait à la mutation actuelle que vit la société tunisienne". Elle a rappelé que la Tunisie vit depuis 7 ans "une révolution sociale, politique, au niveau de la scène artistique". "Nous sommes toujours en plein débat sur la Constitution, le sens de l’orientation que la Tunisie doit mener par rapport aux problèmes qu’elle rencontre", a-t-elle relevé.

Avec le thème "Tenir la route", l’exposition des artistes tunisiens vise à montrer que ceux-ci sont "des créateurs embarqués dans une prise de conscience très forte.


ADC/PON