Un ancien ambassadeur prône le retour de la diplomatie culturelle
APS
SENEGAL-CULTURE

Un ancien ambassadeur prône le retour de la diplomatie culturelle

Dakar, 27 juin (APS) - L’ambassadeur à la retraite Falilou Kane a plaidé mercredi à Dakar pour un retour de la diplomatie culturelle prônée par le premier président sénégalais Léopold Sédar Senghor (1960-1980), soulignant que le rayonnement international du Sénégal sur la scène internationale a longtemps profité de cette orientation.
 
Le ministère de la Culture "a les atouts et le Sénégal a les ressources d’un retour à la diplomatie culturelle", a dit le diplomate, introduisant une conférence publique sur le thème "La diplomatie culturelle et la diplomatie économique".

Une initiative qui s’inscrit dans le cadre d’un séminaire de recherche sur les politiques culturelles organisé par le musée de l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN) de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar. 
 
Selon l’ancien ambassadeur et ancien ministre du Commerce, "la promotion de la culture ne peut pas seulement être laissée à une catégorie de personnes". 
 
Il soutient que pendant longtemps, "la culture et les opérations de maintien de la paix ont fait que le Sénégal soit considéré comme une puissance diplomatique qui compte, est consulté, donne des avis et fait vivre certaines institutions". 
 
"Les films permettaient de connaitre le Sénégal, les semaines culturelles à l’étranger aussi, la culture était le soubassement de la gouvernance, le président Léopold Sédar Senghor, quand il voyageait, amener les artistes avec lui, il nous faut revenir à cela", a préconisé l’ambassadeur Falilou Kane. 
 
"Pendant que d’autres pensaient régler leur problème de décolonisation, d’Apartheid, le Sénégalais écrivait, ils s’adressaient au monde et étaient connus du monde entier", a fait observer M. Kane.
 
Il dit avoir vécu cette situation à l’étranger où "on connaissait Senghor plus que le Sénégal, le Sénégal l’a rattrapé par sa diplomatie en utilisant la culture pour pouvoir convaincre, tendre la main à ceux qui voulaient venir au Sénégal pour visiter ou pour investir". 
 
"Le Sénégal a été un pionnier dans le domaine de la culture, en 1960 quand nous avons eu notre indépendance, nous avions des hommes de culture, des hommes d’Etat" qui ont contribué tout à la fois "à la construction de l’Etat, à l’épanouissement culturel’’, tout en "tendant la main aux autres pays, peuples (..)’’.
 
Outre le poète-président Léopold Senghor, considéré comme le père de l’indépendance du Sénégal, il a cité parmi ces hommes de culture et hommes d’Etat, "Alioune Diop de Présence africaine, le savant chercheur Cheikh Anta Diop, etc."
 
"Ce qu’ils ont semé pour nous, doit être récolté et nous servir’’, a-t-il dit, estimant que le premier Festival mondial des arts nègres de 1966, par exemple, "a été un déclencheur énorme, plus puissant que tout autre’’, au point que ’’nous en récoltons toujours les effets positifs".
 
Le diplomate a de même rappelé comment "le Sénégal a pu profiter de cette diplomatie culturelle lors du vote du Sénégalais Jacques Diouf au poste de directeur général de la FAO’’, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, en 1993. 
 
"Lorsque nous devions faire élire Jacques Diouf à la tête de la FAO en 1993, nous avons convaincu les pays des Caraïbes, par le biais de la culture, de nous apporter leur vote, car celui qui dirigeait la délégation me disait qu’enfant, lors d’une visite du président Senghor à Trinidad et Tobago, il tenait le drapeau du Sénégal et que son pays a été invité d’honneur du Festival mondial des arts nègres de 1966 et naturellement, ils ont voté pour nous" sur cette base, révèle le diplomate. 
 
Ainsi, "pendant longtemps, le Sénégal a servi de capitaine d’équipe, de vendeur d’idées de coopération’’, a-t-il fait valoir, avant d’ajouter : "Toutes ces institutions qui ont été créées de 1960 à nos jours, ont eu pour origine des idées du Sénégal ou la participation des Sénégalais pour les mettre sur pied".
 
Il a invité le chef de l’Etat à porter la culture là où il amène des personnalités sénégalaises à parler d’investissement. 
 
"Si chaque année, nous interrogeons notre patrimoine culturel, un catalogue dressé, on aura quoi présenter lors d’une visite à l’extérieur. Le président de la République peut embarquer une troupe comme cela se faisait dans le passé", suggère l’ambassadeur Falilou Kane. 
 

FKS/BK