Nayanka Bell :
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Nayanka Bell : "Au Sénégal, on m’a magnifiée, célébrée"

Dakar, 29 juin (APS) - La chanteuse ivoirienne Louise de Marillac Aka, plus connue sous le nom de Nayanka Bell, a évoqué dans un entretien avec l’APS ses rapports avec le Sénégal, son "pays d’adoption" dont elle dit qu’il l’a "magnifiée" et "célébrée" à une époque où, en Côte d’Ivoire, la métisse qu’elle est avait du mal à s’imposer dans la musique."Le premier pays qui m’a lancée c’est le Sénégal. C’est mon pays d’adoption. Au Sénégal, on m’a magnifiée, on m’a célébrée. On m’a vraiment donné ce qui me revenait pendant que la Côte d’Ivoire était un peu en arrière", a-t-elle dit.Nayanka Bell a rappelé que quand elle est arrivée dans la musique, en 1979-80 – elle était choriste à l’orchestre de la télévision ivoirienne - elle était la première chanteuse métisse de la Côte d’Ivoire."Les chanteurs, avant, c’étaient des chanteurs qui avaient des ethnies. Chacun chantait dans la langue de son ethnie. Et puis moi j’arrive, métisse que je suis, je chante en français, en anglais. Je porte des nœuds papillon… Il fallait que je me trouve ma place. Mais l’Ivoirien me regardait et ne savait pas trop comment me juger", a-t-elle expliqué .Elle ajoute "Bizarrement, dans cette souffrance-là, j’arrive au Sénégal où les gens n’ont pas vu ma couleur, n’ont pas vu cette différence. Et c’est le Sénégal qui ma soulevée et qui a dit : Ça, c’est notre fille. Ça a fait un boom partout. J’ai été aimée, les jeunes filles s’habillaient comme moi. Elles avaient les mêmes cheveux. Elles se coiffaient à la Nayanka Bell .Nayanka Bell s’est fait connaître en 1980 par la chanson "Iwassado", exprimant l’idée qu’on ne choisit pas ses parents. En 1981, elle devient choriste dans l’orchestre de la Radiotélévision ivoirienne (RTI).Deux ans plus tard, en 1983, elle sort son premier album, "Amio", sur lequel figure "Iwassado". Trois autres albums figurent dans sa discographie : "If You Came To Go" (1984), "Chogologo" (1985), "Visa" (1994), "Brin de folie" (2001).C’est au Sénégal, dit-elle, qu’il y a eu le premier "fan club Nayanka Bell". "Je remplissais les stades. Quand j’arrivais à l’aéroport, c’était bourré. On m’attendait avec le crépitement des tam-tams. Le star-system, quand j’arrivais au Sénégal, c’était extraordinaire. Alpha Blondy n’était pas encore sorti", relève-t-elle à ce sujet. "Donc pour moi, c’est grâce au Sénégal que j’ai su qu’on m’aimait et que je n’étais pas différente. Et pourtant, il y a quelque chose d’incroyable. J’ai voyagé dans beaucoup de pays. J’ai été la chanteuse qu’on considérait, au Nigeria, au Libéria, en Sierra Leone, comme la chanteuse ’américaine’, parce que je chantais en anglais. On m’a appelée dans beaucoup d’autres pays où je n’ai pas voulu partir parce que j’ai trop peur de l’avion (rires)", a-t-elle poursuivi. "Au temps où je suis arrivée ici, comment ils ont pu m’aimer, m’apprécier alors que j’avais une double origine. Comment ce pays qui a souffert n’a jamais pu être raciste vis-à-vis des Européens quand ils arrivaient ici ? Comment ce pays a gardé toute sa générosité, sa gentilles ? Et les Sénégalais sont restés comme ça", a souligné la chanteuse. Rappelant que la première fois qu’elle est venue au Sénégal, en 1980, elle était allée sur l’île de Gorée (où se trouve la Maison des esclaves), elle a dit : "C’est le seul pays où quand tu viens, tu ne ressens pas ça (le rejet). J’ai été dans plein d’autres pays qui ne sont pas prêts à voir le monde autrement. C’est toute mon admiration". "Je suis revenue des années plus tard. De 1980 à aujourd’hui, c’est le même sentiment que je trouve toujours chez mes parents sénégalais. C’est le même sentiment. Mon père et ma mère sont venus se marier à Dakar. Ma grande sœur, leur aînée, est née ici", a dit Nayanka Bell. »Quand je reviens, c’est l’amour, la générosité, a-t-elle ajouté. Les gens n’ont pas changé. Le pays a changé, il est magnifique. Je crois que je vais venir chercher à voir si je ne peux pas avoir un petit appartement pour venir tout le temps, moi aussi".Nayanka Bell était à Dakar, fin mai dernier, pour participer à une soirée célébrant le quarantième anniversaire de l’association de lutte contre la désertification SOS-Sahel.

ADC/BK