Mbaye Babacar Diouf rend hommage à la voie soufie à travers un gigantesque chapelet de bronze
APS
SENEGAL-CULTURE

Mbaye Babacar Diouf rend hommage à la voie soufie à travers un gigantesque chapelet de bronze

Dakar, 5 mai (APS) - Le plasticien sénégalais Mbaye Babacar Diouf propose une monumentale traduction artistique de son cheminement de disciple tidjane par le biais d’une exposition s’inspirant de l’intimité de la foi pour interroger les voies intérieures de la finitude pour espérer percer les mystères de la condition humaine.

Cette exposition intitulée "Perles de lumière" se présente sous la forme d’un chapelet géant en bronze sur lequel sont inscrits les 99 noms de Dieu, en "hommage à la spiritualité, voire à la voie soufie". 
 
Cette œuvre d’une dimension extraordinaire est la seule pièce de cette exposition inaugurée vendredi dernier au Musée Théodore Monod de l’Institut Fondamental d’Afrique noire (IFAN).
 
Au milieu d’une salle au premier étage du bâtiment B dudit musée, la pièce imposante réussie par le plasticien brille d’un vif éclat, avec ses 700 kilogrammes de bronze brut, pour plus de cent kilos de cire d’abeilles.
 
Elle est également faite de charbon de bois, de plâtre, d’acide pour le moulage des cent perles aux écritures en relief sur un socle assez sombre au fond vert, couleur de l’islam, avec en emblèmes éternels les noms de Dieu inscrits en calligraphie arabe.
 
Au total, une quinzaine de personnes ont travaillé pendant deux ans à la réalisation de ce chapelet impressionnant dans la forme comme dans le fond, explique l’artiste. 
 
Mbaye Babacar Diouf a accès aux secrets du "wird" tidjane depuis 2007, par l’intermédiaire de Serigne Habib Sy, fils de feu Serigne Mansour Sy "Borom Daara J", une étape essentielle de la trajectoire spirituelle de ce fervent musulman et adepte tidjiane, du nom d’une branche de l’islam soufie principalement pratiquée au Sénégal.
 
Pour l’artiste, cette œuvre est la traduction de la somme des multiples interrogations nourries depuis 2014 sur "les signes, les symboles, les formes, la spiritualité", en complément de sa démarche esthétique. 
 
Il dit ressentir l’impression d’avoir ainsi relevé "un défi artistique et esthétique, compte tenu de l’envergure du projet, de son coût économique et de la dimension spirituelle et mystique de l’objet exposé.
 
"Il est temps, en tant qu’artiste, de montrer à la face du monde mes profondes aspirations et sensations. C’était une mission et un défi à relever", dit Mbaye Babacar Diouf, satisfait du résultat de son travail.
 
Cette entreprise s’inscrit par ailleurs dans la démarche artistique du plasticien consistant depuis plusieurs années à questionner son rapport propre au visible et à l’invisible, à l’âme, au corps et à l’esprit. 
 
"Tout le travail que j’ai eu à faire sur différents supports comme la toile, le papier, etc., le chapelet m’a permis de le résumer", souligne-t-il en suggérant le sentiment d’un certain accomplissement.
 
"Sur le chapelet tijane, explique l’artiste diplômé de l’Ecole nationale des Beaux-arts de Dakar, il y a une forte intensité de la numérologie mystique et spirituelle, car les chiffres ne sont pas choisis n’importe comment".
 
Selon Massamba Mbaye, commissaire de l’exposition, la spécificité de cette œuvre tient notamment à sa dimension "communautaire" impliquant non seulement l’artiste lui-même mais beaucoup d’autres personnes se réclamant de la communauté tidjane. 
 
Il y a aussi cette "dimension esthétique" de l’œuvre, se traduisant par "un travail très précis" d’homogénéisation des perles du chapelet symbolisé par le plasticien à travers sa pièce. 
 
"Il y a aussi un travail sur la couleur, la patine qui donne cet effet du temps avec cette évocation de la spiritualité qui date de la nuit des temps. C’est le vieux qui rencontre le moderne, notre patrimoine qui rencontre notre contemporanéité", analyse Mbaye.
 
"C’est une œuvre spirituelle qui est une allégorie sur notre rapport à la divinité, à Dieu, mais c’est également un appel à la paix, à la sérénité et à la fraternité universelle, parce que nous avons besoin de nous élever pour être frère, ami avec les autres", relève Massamba Mbaye, journaliste et critique d’art. 
 
Pour lui, cette œuvre invite à l’élévation spirituelle, dans un contexte mondial troublé, en raison de la crise sanitaire amplifiée par les tensions économiques et sociales nées de cette pandémie.
 
"Mbaye Babacar Diouf dit les choses de manière constantes depuis longtemps, car pour lui, nous sommes humains et nous devons préserver cette part d’humanité en nous", fait valoir le commissaire. 
 
Mbaye Babacar Diouf a été médaillé d’argent aux VIIIes Jeux de la Francophonie à Abidjan en Côte d’Ivoire, en 2017. 
 
Son exposition qui parle essentiellement à un public musulman est à voir jusqu’au 10 mai prochain au musée de l’IFAN, à Dakar. 

FKS/BK/ASG