Les conditions d’épanouissement, un des motifs de la migration des artistes (critiques)
APS
SENEGAL-CULTURE

Les conditions d’épanouissement, un des motifs de la migration des artistes (critiques)

Dakar, 2 mars (APS) - Les conditions d’épanouissement peuvent expliquer les départs des artistes sénégalais vers les pays du nord, ont estimé les critiques d’art Me Sylvain Sankalé et le professeur Maguèye Kassé.
 
"L’artiste au Sénégal n’est pas dans les conditions idéales pour s’épanouir, car notre société est fondamentalement gangrénée par une totale anarchie", a dit Pr Kassé.
 
Il s’exprimait jeudi lors d’une conférence sur "Art et migration, quelles sont les motivations des déplacements des artistes visuels", organisée dans le cadre de l’exposition individuelle de l’artiste-peintre Cheikh Niass résidant à Genève en Suisse. 
 
’’Quel rapport la société entretient-elle avec l’art ? Ou encore l’Afrique offre-t-elle des possibilités de vivre son art ? Et quelle est la place de l’artiste dans cette société ?’’, s’est interrogé le critique de cinéma.

Kassé, par ailleurs commissaire l’exposition de l’artiste Cheikh Niass, a estimé que "le cadre de vie n’est pas propice à l’épanouissement de la liberté de la création". 
 
Reconnaissant qu’il y a plusieurs motivations qui poussent les artistes à "un exil volontaire", il a relevé "la volonté de s’inscrire dans une modernité". 
 
Le critique d’art Me Sylvain Sankalé a lui insisté sur "cette forme de migration économique".
 
"Un certain nombre de choses est dû au hasard de carrière, par exemple l’opportunité d’une bourse ou d’un stage et très certainement, une forme de migration économique (...)", a-t-il indiqué.
 
Pour lui, "la plupart de nos artistes savent que c’est en vivant en Europe, aux USA ou dans les pays où l’art a une importance et les moyens matériels sont plus importants que les nôtres, là où ils ont des chances de pouvoir beaucoup mieux écouler leur production, et avoir droit au respect et à la considération auxquels ils peuvent prétendre".
 
Il a aussi évoqué "des avantages matériels qu’ils peuvent en tirer". Selon lui, "il est bien certain que l’apprentissage de techniques autres, la confrontation avec d’autres cultures apportent beaucoup de choses dans la création d’un artiste".
 
Outre cela, fait remarquer Me Sankalé, "il y a le problème de notre propre société". "Il y a une forme d’enfermement, de mise sous tutelle où l’artiste est incapable de vivre. (…) il y a un certain nombre de paramètres qui ne permettent pas aux artistes d’éclore leur talent", a-t-il souligné. 
 
Pour sa part, l’artiste-peintre Cheikh Niass vivant à Genève en Suisse, a reconnu que chaque artiste à son histoire, ses motivations, mais lui est parti par "frustration". "Pourquoi c’est toujours des étrangers qui achètent nos œuvres ?", s’est-il interrogé. 
 
Mais au-delà de la frustration, il avait ’’ce besoin de voyager, de rencontrer l’autre. Le monde nous appartient et on a cette liberté de bouger même si on a des barrières qui nous l’interdisent".


FKS/ASB/OID