Le métier de manager d’artiste passé à la loupe par des professionnels du secteur
APS
SENEGAL-MUSIQUE

Le métier de manager d’artiste passé à la loupe par des professionnels du secteur

Dakar, 14 oct (APS) - Le métier de manager d’artiste suppose des compétences variées, une culture générale indispensable à la mesure des évolutions imposées par les nouvelles technologies de l’information et de la communication, un profil allant au-delà du rôle d’assistant personnel auquel sont réduits les ‘’chefs d’orchestre’’ chargés de la gestion des carrières, indiquent des professionnels du secteur.
 
Le profil en question doit amener à jouer ‘’un rôle transversal’’ dans l’écosystème musical, ce qui fait de ces professionnels des ‘’chefs d’orchestre’’ habilités à gérer le développement de l’artiste, soutiennent plusieurs managers sénégalais. 
 
Ils intervenaient à un panel, mardi, à la Maison de la culture Douta-Seck, à Dakar, sur la mission du manager d’artistes dans l’écosystème de l’industrie culturelle et créative. Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre des trois ans de l’Association des managers et agents d’artistes (AMAA).
 
‘’Le manager gère tout le développement de l’artiste, ça va de la vision du développement artistique, du type de collaboration et de contrat, du dépôt des titres à la direction artistique. C’est un écosystème composé de plein de choses, et le manager est le chef d’orchestre de tout’’, explique Jean-Pierre Seck, manager d’artiste.
 
Le manager, qui jouit d’un statut particulier, ‘’doit avoir une connaissance suffisamment large des choses pour pouvoir ensuite travailler avec les partenaires de l’artiste’’, précise M. Seck, manager français d’origine sénégalaise. 
 
L’image traditionnelle du manager d’artiste, vu comme quelqu’un qui ne signe que les contrats, ‘’est révolu’’, dit-il, ajoutant que le profil du manager moderne ‘’va au-delà, car avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication, il doit obligatoirement avoir une culture générale et être pluridisciplinaire’’. 
 
Selon Jean-Pierre Seck, par ailleurs manager du rappeur sénégalais Dominique Preira alias Dib Doundou Guiss, et du couple Mabo, ‘’un manager ne peut plus être une sorte d’assistant personnel de l’artiste’’ appelé à s’occuper de ‘’la petite vie quotidienne’’ de son client.
 
Le manager est désormais appelé à ‘’évoluer dans un cadre beaucoup plus professionnel, connaître l’ensemble des composantes de l’écosystème et savoir comment faire évoluer l’artiste dans cet écosystème’’, insiste M. Seck. 
 
‘’Les artistes, il y en a qui ont un côté plus live, plus streaming, plus local ou plus international. En fonction du type de profil, il y a une économie à développer, et c’est le manager qui doit être capable de le mettre en musique (…). Il ne suffit pas à l’artiste de faire de la bonne musique, il faut aussi de l’intelligence, c’est très important’’, ajoute-t-il. 
 
Jean-Pierre Seck considère cependant qu’il n’y a ‘’aucune différence’’ entre manager et agent d’artiste. En France par exemple, le manager n’est pas reconnu juridiquement, la législation reconnaissant plutôt l’agent d’artiste, selon M. Seck. 
 
L’appellation d’agent d’artiste ou de ‘’booking agent’’ est plus répandue dans les pays anglo-saxons, souligne l’agent Doudou Sarr, qui travaille par ailleurs avec le lead-vocal du Super Etoile, Youssou N’Dour. 
 
‘’La nature du travail d’agent varie en fonction de l’artiste avec lequel il travaille. C’est Youssou N’Dour qui me manage, car il prépare tout. Je l’accompagne’’ simplement, dit-il en parlant de sa relation de travail avec la star sénégalaise. 
 
‘’Avec Youssou N’Dour, reprend-il, je manage dans le sens de la gestion des activités. Il y a une nuance dans les mots.’’
 
L’agent doit être, selon lui, quelqu’un qui a des connaissances dans plusieurs domaines : les finances, la comptabilité, les mathématiques et la géographie, ne serait-ce que ‘’pour faire la cartographie des évènements musicaux’’.
 
‘’Le manager joue un rôle important dans la carrière de l’artiste. Il n’est pas l’ami d’à côté, c’est quelqu’un qui doit vendre son artiste. La plupart de nos artistes au Sénégal sont illettrés, ils ont besoin d’un assistant, et c’est le manager qui peut jouer ce rôle et pousser l’artiste à se perfectionner’’, explique la productrice Ngoné Ndour, par ailleurs présidente du conseil d’administration de la SODAV, la Société sénégalaise du droit d’auteur et des droits voisins.
 
Le directeur des arts, Abdoulaye Koundoul, a invité les membres de l’AMAA à se former davantage.


FKS/BK/MD/ESF