Un historien analyse la jonction entre syndicalisme et politique
APS
SENEGAL-POLITIQUE-SOCIAL

Un historien analyse la jonction entre syndicalisme et politique

Dakar, 7 mai (APS) – La question de l’orientation à donner à l’action des syndicats s’est posée au moment de l’indépendance du Sénégal, selon l’historien sénégalais Omar Guèye, enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) qui fait état d’une ’’jonction’’ entre l’action syndicale et l’action politique apparue ’’très tôt’’ et qui ’’n’a jamais quitté’’ le pays.
 
"A partir d’un certain moment, il y a eu cette jonction entre l’action syndicale et l’action politique et ça n’a jamais quitté ce pays. Même au moment des indépendances, la question était de savoir quelle orientation donnée à l’action syndicale", a-t-il rappelé dans un entretien avec l’APS.
 
Le chercheur, spécialiste de l’histoire sociale du Sénégal, a indiqué qu’au début du mouvement nationaliste ayant conduit aux indépendances des pays africains, "on avait besoin de l’aura des syndicalistes". Mais, a-t-il poursuivi, "après ce mouvement nationaliste la question était de savoir qu’est-ce qu’il fallait faire du mouvement syndical ?".
 
"Et, c’est en ce moment que Léopold Sédar Senghor a défini la politique de la participation responsable déjà dès les indépendances dans son ouvrage +Nation et voie africaine du socialisme+ qu’il va mettre en pratique dès 1969 après la grève de mai 1968", a dit l’historien.
 
La participation responsable, a expliqué l’enseignant-chercheur, "c’était de donner aux syndicats leurs parts dans la construction nationale, c’est-à-dire les faire participer aux instances de décision". Donc, a fait remarquer Omar Guèye, ils avaient un quota à l’Assemblée nationale, un quota dans le gouvernement, de même que certaines directions et des conseils d’administration.
 
"C’est comme ça qu’il y’a eu très tôt cette jonction entre syndicalisme et politique et qui n’a jamais disparu jusqu’à aujourd’hui. Et aujourd’hui on voit encore dans ce qu’on appelle le front social, il y’a toujours les syndicalistes", a relevé le spécialiste de l’histoire sociale du Sénégal.
 
"Le syndicalisme enseignant a toujours refusé de se laisser domestiquer après les indépendances quand on a créé l’Union nationale des travailleurs du Sénégal (UNTS) et ensuite la Confédération des travailleurs du Sénégal (CNTS)", a-t-il rappelé, soulignant que "les enseignants ont toujours été récalcitrants" à "cette tentative de centralisation des syndicats".
 
Selon l’historien, "chaque fois qu’il y’ a eu un leader [syndical] qui a émergé, il y’ a eu une tentative de récupération de la part du pouvoir". Avec l’ouverture des courants politiques par le président Senghor, ces leaders syndicaux se sont retrouvés massivement dans les partis de gauche et dans les partis de l’opposition, a-t-il signalé.
 
"Quand il y avait le monopartisme de fait après les indépendances, ils étaient dans la clandestinité. C’est d’ailleurs ce qui avait fait la force du mouvement estudiantin lors de la grève de mai 1968 parce que tous les partis interdits (…) trouvaient le campus comme un refuge où ils pouvaient librement s’exprimer", selon lui.
 
Il a également rappelé que les mouvements de jeunesse étaient très actives à l’université, citant le Mouvement des étudiants du Parti africain de l’indépendance (MEPAI) qui selon lui, était à l’"avant-garde" de la grève de mai 68 avec des dirigeants comme Mbaye Diack, Birahim Diagne et Moussa Kane.
 
Omar Guèye a noté qu’à côte du syndicalisme des travailleurs, il y’ avait aussi le syndicalisme étudiant. 
 
"Le campus était un milieu d’agitation où les étudiants très politisés n’avaient pas seulement que des revendications corporatistes, mais ils avaient aussi des revendications qui concernaient la société’’, a-t-il rappelé
 
Selon lui, "ils parlaient plus du panafricanisme, du Vietnam, de l’Apartheid en Afrique du Sud et avaient surtout réagi en 1966 contre le renversement du président Nkwame Nkrumah au Ghana".

ASB/OID