Thiaroye 44 : une confrontation des sources préconisée pour la manifestation de la vérité
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AFRIQUE-FRANCE-POLITIQUE

Thiaroye 44 : une confrontation des sources préconisée pour la manifestation de la vérité

Dakar, 18 déc (APS) – L’historien sénégalais, Iba Der Thiam a souligné mardi à Dakar, l’importance de la confrontation des sources dans la clarification des ’’zones d’ombres" entourant la fusillade mortelle des Tirailleurs sénégalais le 1er décembre 1944 au camp militaire de Thiaroye, dans la banlieue de Dakar.

"La confrontation des auteurs, historiens, acteurs et certains témoins permettra de déceler des parcelles de vérités qui, misent une à une, permettront de savoir ce qui s’est passé le 1 er décembre 1944", a dit le président du Comité Ad-doc pour la valorisation des archives de Thiaroye 44 (Covart 44).

Le Pr Iba Der Thiam intervenait à l’ouverture d’un pré-colloque sur le thème "Thiaroye 44. Le prix de la liberté (1943-1969)", en présence du Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne. Des experts venant de plusieurs pays africains participent également à cette rencontre.

Dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre 1944, des dizaines de "tirailleurs sénégalais’’, terme générique désignant en réalité des soldats originaires des pays de l’Afrique occidentale françaises (AOF) qui réclamaient le paiement de leurs soldes avaient été tués par l’armée coloniale française dans le camp de Thiaroye, d’où ils devaient rejoindre leurs pays respectifs.

"Vous avez différents chercheurs, des historiens qui n’ont pas les mêmes points de vues, certains estiment qu’il y a eu mutineries, d’autres soutiennent qu’il n’y a jamais eu de mutineries. Selon que la thèse de la mutinerie soit adoptée ou rejetée, il est sûr et certain que l’évolution des évènements présentera une tournure différente", a soutenu l’historien, initiateur de cette rencontre.

Selon lui, "d’autres estiment qu’on n’a jamais clarifié les sommes d’argent que l’on devait à cette catégorie pour savoir ce qu’ils sont devenus après la fusillade. S’il faut tirer au clair tout cela, il représente un intérêt d’un plus haut point".

"Le pré-colloque vient à son heure en ce sens qu’il donne aux experts l’opportunité de revisiter notre histoire jalonnée par des évènement glorieux certes, mais aussi par des épisodes dramatiques et douloureuses comme celle qui s’est déroulé le 1er décembre 1944", a de son côté estimé le Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne.

Selon lui, "l’épisode de Thiaroye représente l’un des symboles les plus emblématiques de notre héritage colonial" et "reste gravée dans notre mémoire collective".

"Le président de la République qui a mis en place le +Covart 44+ vient une fois de plus témoigner de tout son attachement à la manifestation de la vérité sur cette épisode sombre de notre histoire partagée et, partant, de sa farouche volonté de réhabiliter les Tirailleurs sénégalais dans leur dignité", a indiqué M. Dionne.

Il a ajouté : "en balisant la voie de la longue marche vers la recherche de la vérité, le Sénégal s’inscrit dans la réconciliation des mémoires africaines et françaises".

Plus de 70 ans après cette affaire, "il était légitime que le Sénégal ainsi que les autres nations africaines libres réécrivent cette page de notre histoire", a-t-il fait valoir.



 

FKS/ASB/AKS