Près de 7, 5 millions d’Ivoiriens aux urnes pour un scrutin présidentiel
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Près de 7, 5 millions d’Ivoiriens aux urnes pour un scrutin présidentiel

De l’envoyé spécial de l’APS : Ousmane Ibrahima Dia

Abidjan, 31 oct (APS) - Près de 7, 5 millions d’électeurs ivoiriens sont appelés aux urnes, samedi, pour un scrutin présidentiel dont le processus a été marqué par de profondes divergences entre la majorité et l’opposition qui font craindre des violences.

Selon la Commission électorale indépendante (CEI), 3.084.288 électeurs ont effectivement retiré leur carte, soit 41,15% des 7.495.082 électeurs, au terme de la période de distribution de ces documents (14 au 25 octobre 2020).
 
Conformément aux dispositions du Code électoral, les électeurs qui n’ont pu retirer leur carte, pourront le faire le jour du scrutin, dans leur bureau de vote respectif, un dispositif particulier ayant été prévu à cet effet, a assuré la CEI.
 
Selon la commission, il y a 10.815 lieux de vote et 22.381 bureaux de vote sur le territoire national et à l’étranger. 
 
Quelque 35 000 éléments des forces armées sont mobilisés pour assurer la sécurité des opérations électorales.
 
Quatre candidats sont en lice pour cette élection, dont le président sortant, Alassane Dramane Ouattara, candidat du Rassemblement des houphouétistes pour la paix et la démocratie (RHDP). 
 
Il y a aussi Pascal Affi Nguessan du Front populaire ivoirien (FPI), l’ancien président Henri Konan Bédié du PDCI-RDA et l’indépendant Kouadio Konan Bertin dit KKB.
 
La campagne électorale a pris fin jeudi à minuit. 
 
Seuls deux de ces candidats, le président sortant et l’indépendant Kouadio Konan Bertin, ont véritablement battu campagne, les deux autres étant dans une logique de "désobéissance civile" consistant à contester la candidature de Alassane Dramane Ouattara.
 
Henri Konan Bédié et Pascal Affi Nguessan ont toute la campagne durant maintenu leur mot d’ordre de désobéissance civile pour notamment "le retrait de la candidature anticonstitutionnelle et illégale d’Alassane Ouattara".
 
Ils réclament dans le même temps "la réforme de la Commission électorale indépendante (CEI) et du Conseil constitutionnel", ’’l’audit international de la liste électorale", "le retour des exilés et la libération des prisonniers politiques".
 
Dans une déclaration, le président de la Commission électorale indépendante (CEI) a noté "avec regret" "les incidents malheureux" ayant émaillé la campagne électorale, lesquels se sont soldés par des morts.
 
Ibrahime Kuibiert Coulibaly s’est incliné devant la mémoire de tous ceux qui y ont perdu la vie et souhaité "un prompt rétablissement aux blessés".
 
Selon lui, "(….), tout au long du processus électoral, la Commission électorale indépendante s’est montrée professionnelle et transparente", en associant "tous les acteurs, notamment les partis politiques, les partenaires internationaux, la société civile et les candidats à chacune des étapes clé du processus électoral".
 
La CEI promet que "cette élection sera libre, transparente et crédible", a-t-il assuré.
 
’’Le monde entier nous observe. Il est de notre devoir d’être exemplaire. (….)", a dit Ibrahime Kuibiert Coulibaly qui, avant d’inviter "tout un chacun à exercer son droit fondamental civique, celui de choisir le futur président de la République, en toute responsabilité, dans la discipline, le calme et la non-violence’’.
 
La Commission électorale indépendante "s’engage à rendre publics et en toute transparence, les résultats provisoires du scrutin, dans les délais prescrits par la loi", a-t-il dit.
 
Les profondes divergences entre la majorité et l’opposition font craindre une résurgence des violences post-électorales de 2010.
 
’’Il y a un climat de peur. Les gens ont vraiment peur que ça dégénère après. Beaucoup ont quitté Abidjan pour aller dans leurs villages par mesure de précaution. Il y en a qui font des provisions par crainte. La situation est vraiment incertaine", confie un Abidjanais.
 
’’Peut-être qu’à Abidjan, c’est calme par rapport à certains endroits de l’intérieur du pays, mais on craint que ce soit une sorte de calme avant la tempête. Parfois, c’est comme ça. On ne sait jamais, mais ça peut dégénérer à tout moment. On a vécu ça malheureusement’’, ajoute-t-il.
 
’’Personne n’a rien à y gagner. C’est tout le monde qui va perdre. L’insécurité ne peut rien rapporter. C’est dans la sécurité que les gens peuvent travailler, gagner leur vie, entretenir leurs familles’’, confie Paul, un chauffeur de taxi. 
 
’’Qui a intérêt dans cette situation ? Personne ! Les élections ne doivent pas être source de problèmes. Au contraire ! Mais à chaque fois qu’on parle d’élections, les gens ont peur pour leur vie. Cela ne doit pas être le cas. Moi, je suis convaincu que les élections vont bien se passer, il y aura la paix après’’, ajoute notre interlocuteur qui ne tarit pas d’éloges sur le bilan de Alassane Ouattara, en termes d’infrastructures notamment.
 
La procureur de la Cour pénale internationale (CPI) s’est dite "profondément préoccupée par les rapports publics et les informations reçues par (son) Bureau, faisant état d’une recrudescence de violences graves depuis plusieurs jours dans des villes de la Côte d’Ivoire à l’approche de l’élection présidentielle prévue le 31 octobre 2020".
 
"Je déplore particulièrement les allégations de violences intercommunautaires qui auraient causé la mort de plusieurs personnes, des blessés et des atteintes graves aux biens de la population civile. Ces actes pourraient constituer des crimes relevant de la compétence de la Cour pénale internationale (CPI)’’, a déclaré Fatou Bensouda.
 
Elle a appelé "tous les acteurs politiques et leurs partisans au calme et à la retenue".
 
’’Les violences connues en Côte d’Ivoire lors de la première crise pré-électorale de 2010 ne doivent pas se répéter. La violence de tout bord politique n’est pas une option. Toute personne qui commet, ordonne, incite, encourage ou contribue de toute autre manière à la commission de crimes visés par le Statut de Rome est passible de poursuites devant les tribunaux de la Côte d’Ivoire ou devant la CPI’’, a-t-elle dit.
 
Elle a aussi précisé que les enquêtes ouvertes en Côte d’Ivoire depuis octobre 2011 se poursuivent et que son Bureau continue de suivre de près la situation sur toute l’étendue du territoire ivoirien.
 
L’élection présidentielle se tient sous l’œil d’observateurs de l’Union africaine (UA), de la Cédeao, de la Cen-Sad, entre autres organisations.
 
Les bureaux de vote resteront ouverts de 8 à 18heures.
 
OID/BK