’’Licensing Round’’ du Sénégal, entre craintes et optimisme
APS
SENEGAL-HYDROCARBURES

’’Licensing Round’’ du Sénégal, entre craintes et optimisme

Le Cap, 5 nov (APS) - Le lancement du "Licensing Round" (présentation des blocs à attribuer) du Sénégal à la conférence de Cape Town au cours de "l’Africa Oil Week" (rencontres africaines du pétrole) suscite optimisme de la part de ses officiels et craintes exprimées par des "opérateurs" interrogés par l’envoyé spécial de l’APS.
 
"C’est normal que le Sénégal change sa législation, mais en voulant avoir plus dans les éventuels partages tout en faisant porter toute la charge de l’investissement aux compagnies, ces dernières peuvent être réticentes", a expliqué à l’APS un représentant d’une compagnie qui opère déjà au large des côtes du pays.
 
L’inquiétude de cet interlocuteur qui a requis l’anonymat réside dans le fait que le nouveau code pétrolier semble donner la part belle à la société nationale Petrosen en augmentant ses parts tout en la préservant de prendre part financierement aux opérations "surtout dans la phase de developpement".
 
Après la phase d’exploration marquée par une découverte commerciale, l’industrie du pétrole et du gaz procède à une phase dite de développement consistant à bâtir des infrastructures après avoir délimité le champ à exploiter à l’aide de travaux complémentaires notamment "de forage très coûteux".
 
La nouvelle loi 2019-03 permet à la société nationale dans cette phase de voir ses actions se situer entre 10 et 30% dont les 10% portés par les autres co-titulaires du titre minier, selon l’article 7.
 
Cela signifie que "lors de la phase de développement, Petrosen qui peut choisir de rester à 10 % ne dépensera aucun franc, alors que dans l’ancien code les dépenses lors de cette phase devaient être partagées au prorata des actions détenues par chaque entité".
 
En termes plus clairs, Petrosen se fera porter sur ses 10 % et ne devrait participer financièrement que sur le nombre d’actions qu’elle détiendrait au-delà de ce cap, explique notre source.
 
Cette inquiétude est balayée par le ministre sénégalais de l’Energie et du Pétrole présent au Cap pour présider la première phase de lancement des prochaines licences d’exploration d’hydrocarbures au Sénégal.
 
’’Sur la base des retours que nous avons, nous estimons que le dossier du Sénégal est bien apprécié. En témoignent les nombreuses audiences qui nous sont demandées et les rencontres bilatérales que nous avons tenu’’, a dit Mouhamadou Mactar Cissé.
 
Pour le ministre, "le nouveau code pétrolier est équilibré et garantit des ressources aussi bien au pays qu’aux compagnies".
 
Ce changement de cadre législatif aurait pu ne pas se faire d’après l’officiel sénégalais qui considère que l’intérêt que suscite le pays est différent de la période d’avant découverte.
 
"Nous avons des découvertes qui changent la donne parce que le monde des affaires est caractérisé par la négociation et le rapport de force. A partir du moment où vous faites des découvertes votre bassin devient plus prometteur et vous pouvez changer le cadre législatif", sest justifié M. Cissé pour qui le nouveau code garanti "un meilleur partage des ressources".
 
Pour lui, le Sénégal peut se permettre d’avoir un code qui lui confère plus de parts parce qu’’on a le droit d’être plus exigeant. Il y a un intérêt manifeste pour les blocs du Sénégal".
 
Dans l’histoire du petrole africain, le Gabon et le Nigeria ont été ignorés par les compagnies respectivement pendant 5 ans et 7 ans pour avoir changé de manière brusque leur législation en la rendant plus contraignante pour les compagnies privées.
 
Voici ce que dit l’article 7 du code pétrolier
 
Article 7 : ’’L’État, par l’intermédiaire de la société pétrolière nationale, se réserve le droit de participer à tout ou partie des opérations pétrolières, en s’associant avec les titulaires d’un titre minier d’hydrocarbures ou d’un contrat de services.
 
Les parts de la société pétrolière sont fixées comme suit :
- au minimum 10% en phase d’exploration portés par les autres co-titulaires du titre minier d’hydrocarbures
-entre 10% et 30% en phase de développement, les 10% portés par les autres co-titulaires du titre minier dhydrocarbures ;
-entre 10% et 30% en phase d’exploitation’’.
 
ABK/OID