Djibril Tamsir Niane avait fait la genèse de l’Histoire générale de l’Afrique
APS
AFRIQUE-HISTOIRE-TEMOIGNAGE

Djibril Tamsir Niane avait fait la genèse de l’Histoire générale de l’Afrique

Dakar, 8 mars (APS) – L’écrivain et historien guinéen, Djibril Tamsir Niane, décédé, lundi, à Dakar, à l’âge de 89 ans, était longuement revenu en novembre 2018, lors d’un colloque international organisée par l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), sur la genèse de la rédaction de l’Histoire générale de l’Afrique, en saluant l’action des historiens africains dans la conception et la réalisation de cette œuvre ‘’monumentale".

Ce colloque était organisé en hommage au professeur d’histoire,Yoro K. Fall, décédé en 2016, en partenariat avec le comité de pilotage du projet d’édition de l’Histoire générale du Sénégal.

"Mon témoignage porte sur un travail universitaire africain et international auquel" Yoro Khary Fall a pris part, "un travail remarquable, un travail colossal", avait-il dit à propos de cet ouvrage collectif dont la première édition avait été publiée en 1980 à Paris (France) par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).

L’historien guinéen, qui a participé à la rédaction de l’Histoire générale de l’Afrique, avait qualifié cette œuvre de "monumentale", soulignant qu’elle avait mobilisé des chercheurs africains, mais également européens et américains dans un même comité scientifique.

Selon lui, les historiens africains "’étaient dévoués corps et âme à la conception et la réalisation de l’œuvre".

"Par la force des choses, avait-il relevé, les chefs d’Etat africains durent jeter à bas l’enseignement colonial et fonder un enseignement proprement national, singulièrement dans le domaine des sciences sociales et plus particulièrement en histoire".

"On ne peut plus continuer à enseigner +nos ancêtres les Gaulois+, à exalter les héros et rois d’Europe. On ne pouvait continuer à jeter l’opprobre sur le passé du continent", avait-il souligné, en ajoutant qu’il fallait enseigner l’histoire de l’Afrique dans toute sa vérité".

Il avait rappelé qu’en 1964, les chefs d’Etat africains avaient demandé ensemble à l’UNESCO d’envisager la rédaction d’une Histoire générale de l’Afrique. "Mais peut-on écrire une histoire pour des pays où l’écriture n’existe pas ?", s’était-il demandé en s’appuyant sur le fait que le colonisateur avait dénié à l’époque au continent africain la possession de documents historiques.

Dans cette perspective, avait raconté Djibril Tamsir Niane, l’UNESCO avait réuni en 1966 un comité d’experts comprenant des experts africains, dont Cheikh Anta Diop, Joseph Ki Zerbo, en posant cette question "Peut-on écrire de l’histoire ? Si oui que faire".

AFRICANISTES ET AFRICANOLOGUES AVAIENT ÉMIS DES RÉSERVES

"Nous étions peu nombreux, mais d’une ardeur imaginable. Tous ces experts étaient connus par leurs travaux", avait l’historien guinéen, qui avait fait partie de ce comité d’experts. M. Niane signalait que des africanistes et des africanalogues avaient certes béni le projet de rédaction d’une Histoire générale de l’Afrique, mais avaient émis des réserves.

Ils avaient selon lui demandé au préalable de regrouper des documents relatifs à l’Afrique dispersés à travers le monde, notamment en Europe, en Amérique, en Asie et même sur le continent africain. Le comité des experts a souligné "la nécessité impérieuse de procéder immédiatement à la collecte systématique des traditions orales", avait-il rappelé.

En 1970, l’UNESCO a créé un comité scientifique international comprenant des experts africains, européens et américains. Ces spécialistes ont recueilli en Europe tous les documents relatifs au continent, qui concernent particulièrement la période de la Traite négrière et de la colonisation, a-t-il signalé, la collecte des traditions orales battant son plein pendant ce temps.

Le professeur Djibril Tamsir Niane avait dans ce cadre relevé "une action unique" des historiens africains qui ont demandé à l’UNESCO que le comité scientifique internationale soit dirigé par un Africain, demande à laquelle l’organisme onusien a répondu favorablement.

"Cette décision était éminemment politique. Les chercheurs africains entendaient diriger l’histoire de l’Afrique, sils n’en étaient pas les seuls auteurs", avait-il expliqué, on sans rappler que le professeur Ki Zerbo avait été porté à la tête de ce comité international.

Selon lui, "le travail avait été dur dans la mesure où les auteurs avaient été choisis à travers les continents et qu’il il fallait une longue circulation des documents sous l’égide du comité scientifique, des auteurs et des directeurs de publication".

UN DON DE 2 MILLIONS DE DOLLARS DE KADHAFI POUR FINANCER LE TRAVAIL

Il avait noté "le travail n’avait pas duré moins de trois décennies", soulignant que la dernière réunion du comité scientifique avait eu lieu en 1999 à Tripoli en Lybie.

M. Niane avait révélé que le gouvernement du défunt président libyen Mouammar Kadhafi avait donné 2 millions de dollars à l’NUESCO pour qu’elle puisse financer les travaux de l’Histoire générale de l’Afrique.

"Les Etats-Unis qui versaient habituellement les deux tiers du budget de l’UNESCO s’étaient brouillés avec son directeur général Amadou Mokhtar Mbow sur la question des droits des peuples. Une question importante pour laquelle les Etats-Unis sont sortis de l’UNESCO", avait-il rappelé.

Il avait rendu hommage à l’ancien président Kadhafi dont la donation à l’UNSECO avait permis, selon lui, de développer l’Histoire générale de l’Afrique dont l’écriture avait pu se poursuivre jusqu’en 1999.

Le professeur Niane était par ailleurs revenu sur la Conférence organisée au Caire portant sur "le peuplement ancien en Egypte", à la "demande expresse" de l’égyptologue sénégalais Cheikh Anta Diop.

"Il était accompagné de son assistant Théophile Obanga. Il affronta avec force et courage tous les égyptologues sur la question du peuplement de l’Egypte pour faire triompher une Egypte nègre. Le président Senghor, bien qu’adversaire politique de Cheikh Anta Diop, n’hésita pas à le faire accompagner par deux journaliste du quotidien national Le Soleil afin de rendre compte au jour le jour de la rencontre du Caire", avait-il relaté.

"Jamais le journal Le Soleil n’a été aussi rapidement vendu. Tous les jours, après dix heures, le journal était épuisé, introuvable dans les kiosques. Le Sénégal suivait fébrilement cette conférence qui fut un triomphe pour le Pr Cheikh Anta Diop", avait signalé Pr Niane.

ASB/AKS/OID