Joal-Fadiouth : Une étude met en lumière les défis à relever pour pérenniser le climat de tolérance
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SENEGAL-SOCIETE

Joal-Fadiouth : Une étude met en lumière les défis à relever pour pérenniser le climat de tolérance

Dakar, 11 oct (APS) – Le chercheur Ato Kwamena Onoma, du Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA), note que malgré ‘’les fort bonnes relations intercommunautaires’’ à Fadiouth et à Joal, ‘’il existe des défis qui, en vue de pérenniser la paix sociale et le climat de la tolérance, demandent une attention particulière’’.




Dans une étude intitulée "Amélioration des relations intercommunautaires à Joal-Fadiouth Aperçus d’une étude des lieux de repos des morts’’, il cite parmi ces défis, l’apparition de ‘’nouveaux quartiers’’ à Joal dominés par des ‘’ étrangers’’, l’augmentation de la proportion de la population musulmane de Fadiouth et la gestion des mariages mixtes.


Au sujet de l’augmentation de la proportion de la population musulmane, l’auteur de l’étude rappelle que la mise en place d’une mission catholique à Fadiouth, en 1879, ‘’a fait l’objet d’un processus intense de prosélytisme qui devait transformer l’île en une localité presque à 100% catholique au milieu des années 1900’’.


‘’Elle devint un des plus grands pourvoyeurs de prêtres, de sœurs et frères catholiques à l’église du Sénégal. Mais il y a une longue histoire de présence musulmane à Fadiouth, qui a augmenté au fil du temps et est estimée en 2016 à 15% de la population résidente. Les musulmans en sont très fiers mais cette croissance n’échappe pas aux catholiques’’, ajoute-t-il dans cette étude dont l’APS a reçu une copie.


Elle sera au menu d’un séminaire de dissémination, jeudi, à la mairie de Joal Fadiouth.


‘’Les deux communautés soutiennent que la vraie identité de Fadiouth est en jeu’’, note l’auteur. Il souligne que ‘’les tendances démographiques actuelles sur Fadiouth et le fait que plus de 90% de la population sénégalaise soit musulmane indiquent que la proportion musulmane de l’île va continuer à croître et pourrait même un jour dépasser la population chrétienne’’.


Pour Ato Kwamena Onoma, ‘’ces questions, comme beaucoup d’autres susceptibles de saper la cohésion sociale à Fadiouth, ont tendance à ne pas être abordées en public. Toutefois, il faudrait tenir un débat public sur la place de la religion à Fadiouth’’.


Ainsi, selon lui, les dirigeants politiques et religieux de Fadiouth, Joal et Ngazobil devraient entamer des négociations, pour ‘’conclure un pacte qui fera en sorte que les gens des trois localités, notamment les + indigènes+ et les + étrangers+ les musulmans et les chrétiens, puissent accéder au pouvoir politique et en bénéficier’’ afin de maintenir de solides relations intercommunautaires.


Il s’agit là d’une des recommandations du chercheur qui estime qu’il ‘’faut particulièrement veiller à ce que les minorités démographiques ne soient pas perpétuellement exclues du pouvoir politique’’.


Selon lui, ‘’l’aptitude à unir les +étrangers+ et les +autochtones+ à Joal devrait devenir un critère clé pour évaluer tous les projets de développement proposés par les autorités des communes et leurs partenaires’’.


’’Les Fadiouthiens devraient entamer des discussions sur le paysage religieux changeant de leur île et les voies et moyens de s’y adapter’’, estime l’auteur, ajoutant : ‘’Alors que le changement démographique lui-même ne constitue pas une menace, le fait de ne pas se pencher sur la manière de s’y adapter peut causer des problèmes à la communauté à l’avenir’’.


En février 2016, le CODESRIA a lancé un projet visant à ‘’étudier les relations intercommunautaires, à travers un examen des lieux abritant des morts de confessions différentes dans la commune de Joal Fadiouth au Sénégal’’.


L’étude consiste en une enquête auprès de 600 personnes, des entretiens semi-structurés auprès de 65 personnes, un exercice de cartographie participative et des visites de nombreux sites importants à Joal et Fadiouth, explique-t-on.


’’Fadiouth, Joal et Ngazobil sont les trois localités de la commune de Joal-Fadiouth, qui a été créée en 1966. Cette commune, située dans la région de Thiès, est spécifique dans la mesure où c’est une zone où le catholicisme a une présence importante au sein d’un pays où plus de 90 pour cent de la population est musulmane’’, rappelle-t-on dans cette étude dont l’APS a obtenu copie.


’’La population de Joal-Fadiouth est estimée à environ 50 000 habitants en 2016. La localité continentale de Joal est la plus peuplée avec plus de 42 000 habitants, celle de l’île de Fadiouth a une population d’environ 5 000, tandis que Ngazobil est la moins peuplée’’, souligne le document.


L’étude relève que ’’les chrétiens et les musulmans, +autochtones+ et +étrangers+, vivent dans une communauté où les conflits violents ou latents entre les communautés, restent pratiquement inconnus’’.


Selon l’étude, ’’de nombreuses personnes interrogées ont affirmé que +dans d’autres localités du Sénégal, les habitants ont de temps en temps un dialogue interreligieux à la télévision et à la radio. À Joal-Fadiouth, nous vivons le dialogue interreligieux de manière quotidienne+’’.


’’Pour expliquer les interactions très saines entre chrétiens et musulmans à Fadiouth, les gens de la communauté invoquent presque toujours les liens de parenté’’, révèle le document, soulignant que de manière régulière, ‘’les chrétiens et les musulmans font des gestes qui renforcent l’unité’’.

OID/ASG