Djibril Tamsir  Niane raconte la genèse de l’ouvrage sur l’Histoire générale de l’Afrique
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Djibril Tamsir Niane raconte la genèse de l’ouvrage sur l’Histoire générale de l’Afrique

Dakar, 28 nov (APS) - L’écrivain et historien guinéen Djibril Tamsir Niane est revenu mercredi à Dakar sur la genèse de la rédaction de l’Histoire générale de l’Afrique, saluant l’action des historiens africains dans la conception et la réalisation de cette œuvre.

Le professeur Niane intervenait à l’ouverture du colloque international en hommage au Pr Yoro Khary Fall (1949-2016), à l’initiative de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar et du comité de pilotage du projet d’édition de l’Histoire générale du Sénégal.
 
"Mon témoignage porte sur un travail universitaire africain et international auquel’’ Yoro Khary Fall a pris part, "un travail remarquable, un travail colossal", a-t-il dit à propos de cet ouvrage collectif dont la première édition a été publiée en 1980 à Paris (France) par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).
 
L’historien guinéen, qui a participé à la rédaction de l’Histoire générale de l’Afrique, a qualifié cette œuvre de "monumentale", soulignant qu’elle a mobilisé des chercheurs africains, mais également européens et américains dans un même comité scientifique.
 
Selon lui, les historiens africains "se sont dévoués corps et âme à la conception et la réalisation de l’œuvre". "Par la force des choses, a-t-il relevé, les chefs d’Etat africains durent jeter à bas l’enseignement colonial et fonder un enseignement proprement national, singulièrement dans le domaine des sciences sociales et plus particulièrement en histoire".

"On ne peut plus continuer à enseigner +nos ancêtres les Gaulois+, à exalter les héros et rois d’Europe. On ne pouvait continuer à jeter l’opprobre sur le passé du continent", a-t-il souligné, ajoutant : "A présent, il fallait enseigner l’histoire de l’Afrique dans toute sa vérité".
 
Il a rappelé qu’en 1964, les chefs d’Etat africains avaient demandé ensemble à l’UNESCO d’envisager la rédaction d’une Histoire générale de l’Afrique. 

"Mais peut-on écrire une histoire pour des pays où l’écriture n’existe pas ?", se demandait-on selon lui d’autant que les colonisateurs affirmaient à l’époque : "Il n’y a pas d’histoire sans documents historiques".
 
Dans cette perspective, raconte Djibril Tamsir Niane, l’UNESCO avait réuni en 1966 un comité d’experts comprenant des experts africains, dont Cheikh Anta Diop, Joseph Ki Zerbo, en posant cette question "Peut-on écrire de l’histoire ? Si oui que faire". 
 

Africanistes et africanologues avaient émis des réserves


"Nous étions peu nombreux, mais d’une ardeur imaginable. Tous ces experts étaient connus par leurs travaux", a dit l’historien guinéen, qui faisait partie de ce comité d’experts.

M. Niane signale que des africanistes et des africanalogues avaient béni certes le projet de rédaction d’une Histoire générale de l’Afrique, mais en émettant des réserves.
 
Ils ont selon lui demandé au préalable de regrouper des documents relatifs à l’Afrique dispersés à travers le monde, notamment en Europe, en Amérique, en Asie et même sur le continent africain.

Le comité des experts a souligné "la nécessité impérieuse de procéder immédiatement à la collecte systématique des traditions orales", a-t-il rappelé.
 
En 1970, l’UNESCO a créé un comité scientifique international comprenant des experts africains, européens et américains.

Ces spécialistes ont recueilli en Europe tous les documents relatifs au continent, qui concernent particulièrement la période de la Traite négrière et de la colonisation, a-t-il signalé, la collecte des traditions orales batant son plein pendant ce temps.

Le professeur Djibril Tamsir Niane a dans ce cadre relevé "une action unique" des historiens africains qui ont demandé à l’UNESCO que le comité scientifique internationale soit dirigé par un Africain, demande à laquelle l’organisme onusien a répondu favorablement.
 
"Cette décision était éminemment politique. Les chercheurs africains entendaient diriger l’histoire de l’Afrique, sils n’en étaient pas les seuls auteurs", a-t-il expliqué, rappelant que le professeur Ki Zerbo fut porté à la tête de ce comité international.
 
Selon lui, "le travail a été dur. Les auteurs ont été choisis à travers les continents et il fallait une longue circulation des documents sous l’égide du comité scientifique, des auteurs et des directeurs de publication".
 

Un don de 2 millions de dollars de Kadhafi pour finacer le travail


Il note que "le travail n’a pas duré moins de trois décennies", soulignant que la dernière réunion du comité scientifique a eu lieu en 1999 à Tripoli en Lybie. 
 
M. Niane a révélé que le gouvernement du défunt président libyen Mouammar Kadhafi avait donné 2 millions de dollars à l’NUESCO pour qu’elle puisse financer les travaux de l’Histoire générale de l’Afrique.
 
"Les Etats-Unis qui versaient habituellement les deux tiers du budget de l’UNESCO s’étaient brouillés avec son directeur général Amadou Mokhtar Mbow sur la question des droits des peuples. Une question importante pour laquelle les Etats-Unis sont sortis de l’UNESCO", a-t-il rappelé.
 
Il a ainsi rendu hommage à l’ancien président Kadhafi dont la donation à l’UNSECO a permis, selon lui, de développer l’Histoire générale de l’Afrique dont l’écriture a pu se poursuivre jusqu’en 1999.
 
Le professeur Niane est par ailleurs revenu sur la Conférence organisée au Caire portant sur "le peuplement ancien en Egypte", à la "demande expresse" de l’égyptologue sénégalais Cheikh Anta Diop.
 
"Il était accompagné de son assistant Théophile Obanga. Il affronta avec force et courage tous les égyptologues sur la question du peuplement de l’Egypte pour faire triompher une Egypte nègre. Le président Senghor, bien qu’adversaire politique de Cheikh Anta Diop, n’hésita pas à le faire accompagner par deux journaliste du quotidien national Le Soleil afin de rendre compte au jour le jour de la rencontre du Caire", a-t-il relaté. 
 
"Jamais le journal Le Soleil n’a été aussi rapidement vendu. Tous les jours, après dix heures, le journal était épuisé, introuvable dans les kiosques. Le Sénégal suivait fébrilement cette conférence qui fut un triomphe pour le Pr Cheikh Anta Diop", a conclu Pr Niane. 

ASB/BK/ASG