De Médina-Carrefour à Bondji : quand l’accès à l’eau donne des idées aux femmes
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SENEGAL-HYDRAULIQUE-RETOMBEES

De Médina-Carrefour à Bondji : quand l’accès à l’eau donne des idées aux femmes

+++De l’envoyé spécial de l’APS : Ousmane Ibrahima Dia+++


Bakel, 10 jan (APS) – La réalisation de forages dans certains villages du département de Bakel, par le Programme d’urgence communautaire (PUDC), a considérablement changé la vie des habitants qui, en plus d’avoir accès à une eau abondante, s’adonnent aussi au maraîchage et à la vente d’eau.

Avec ses cases et ses rares bâtiments en dur, le village de Médina-Carrefour, situé à 10 kilomètres de Bakel, sur la national 2, s’étale sur une steppe jaunie, presque cernée de part et d’autre de petites collines.

En cette période de l’année, les hommes sont partis avec le bétail à la recherche de pâturage, à l’intérieur du pays. Du coup, les femmes deviennent quasi-majoritaires dans le village où elles s’adonnent aux activités domestiques.

Mais depuis plusieurs mois, elles pratiquent aussi le maraîchage, car l’eau, jadis rare, est devenue désormais abondante, grâce au forage construit par le Programme d’urgence de développement communautaire (PUDC).

L’ouvrage hydraulique, d’un débit de 1,5 mètres cube par heure, a un réservoir d’une capacité de stockage de 5000 litres et couvre les besoins de 500 habitants et de 3 550 têtes de bétail.

Pour ces anciens réfugiés mauritaniens établis sur place depuis 1990, l’accès à l’eau a longtemps été un casse-tête. ‘’Nous avions un puits très profond. Et il n’ y avait pas suffisamment d’eau. On pouvait attendre des heures et des heures, juste pour recueillir de quoi remplir une bassine. On pouvait aller aussi jusqu’à Bakel, sur le fleuve Sénégal. En 2002, on a creusé un forage équipé d’une pompe manuelle. C’était dure et il n’y pas aussi suffisamment d’eau’’, se rappelle Oumou Demba Bâ, trouvée à la borne fontaine.

Aujourd’hui, ‘’il y a de l’eau en abondance et à toutes les heures, se réjouit-elle. Nous avons maintenant l’eau à notre portée. On peut se laver, faire la vaisselle, abreuver les animaux, alors que tout cela n’était pas possible en même temps’’.

Grâce à cet ouvrage, les femmes ont eu l’idée d’aménager un périmètre maraîcher. ‘’Nous avons organisé des réunions et nous sommes tombés d’accord pour faire du maraîchage. Chacun a cotisé 2500 francs CFA. En tout, nous avons pu récolter 37 500 francs CFA. C’est avec cet argent que nous engagé les travaux d’aménagement et acheté des semences. Au total, nous sommes 14 membres dont 1 homme à faire le maraîchage ici’’, raconte la responsable des femmes, Hawa Ba.

Erigé près du forage, le périmètre maraîcher est délimité par une clôture de fortune. Il y pousse salades, choux, oignons, tomates, carottes, entre autres légumes, destinés à la consommation. Une partie pourrait aussi être commercialisée dans les environs.

‘’Il y en a parmi nous qui vendent du lait caillé, des jujubes et autres fruits de la cueillette. C’est pour subvenir à nos besoins. Mais avec le périmètre maraîcher, on pourra aussi vendre des légumes en plus de notre propre consommation. Ce forage a vraiment des retombées pour nous’’, souligne Hawa Ba. Toutefois, la clôture et la présence de rongeurs suscitent des inquiétudes.

‘’Les cultures tiennent bon. Mais notre grande inquiétude demeure la clôture. Il nous un faut un grillage pour mettre les cultures à l’abri du bétail. Nous notons aussi la présence des rats. Il faut donc qu’on ait des produits de dératisation’’, explique Abdourahmane Sow, le seul homme qui travaille avec les femmes.

Toutes ces doléances ont été exposées aux responsables du PUDC en visite à Médina-Carrefour. Le programme va accompagner ces femmes par l’octroi d’un grillage, le renforcement des capacités dans le domaine du maraîchage et la distribution d’intrants.

L’objectif du PUDC est de permettre aux populations du monde rural d’accéder aux services sociaux de base à travers la mise en place d’infrastructures socio-économiques. Dans le domaine de l’hydraulique par exemple, le programme améliore les conditions de vie des populations et favorise l’implication des hommes et des femmes dans le développement des localités.

L’exemple vient de Bondji, toujours dans le département de Bakel, où l’eau d’un forage, d’un débit de 2,5 mètres cubes par heure, permet aux femmes de ‘’gagner un peu d’argent’’. Avec son réservoir d’une capacité de 5000 litres, le forage couvre les besoins de 1300 habitants et de 13 500 têtes de bétail.

Ce matin, l’endroit est le point de ralliement des femmes. Sur place, le visiteur est frappé par l’alignement de dizaines de fûts vides qui seront remplis d’eau les uns après les autres. Le liquide précieux sera écoulé lors du marché hebdomadaire qui se tient jeudi dans le village.

‘’Le village abrite un grand marché hebdomadaire. Les gens viennent de partout. Il y a une forte demande en eau. Alors, nous remplissons ces fûts que nous [allons] vendre durant le marché. Nous sommes nombreuses à exercer cette activité. Nous achetons le fût de 10 litres à 10 francs Cfa. La bassine est également achetée à 10 francs Cfa, explique Coumba Dambel. 


Elle ajoute : "Au marché, nous revendons le fût à 100 francs Cfa durant la période de fraîcheur et pendant l’hivernage. Mais durant la saison sèche, nous revendons le fût à 150 francs Cfa. La demande est forte durant cette période.’’

Selon Aïssata Traoré, ‘’cette activité permet de gagner de quoi acheter du savon, du sucre, des chaussures. Ce n’est pas beaucoup, mais cela représente quelque chose pour ces femmes de familles modestes. Pour nous, cela fait partie des retombées de ce forage’’.

A Bondji, Ousmane Samba Diallo, le pompiste du forage, confie que l’ouvrage peut générer jusqu’à 40 000 francs Cfa par mois. ‘’Cet argent est reversé à un trésorier. Pour le moment, on me donne 2500 francs Cfa par mois, juste le prix du thé. On m’a promis un salaire plus tard’’, explique le préposé au fonctionnement du forage.

Plus au Nord, à Thiambé, un village, à 5 km de Ourosogui, les habitants se sont organisés pour la gestion de leur forage d’un débit de 40 mètres cubes par heure. L’ouvrage polarise les villages de Thiambé centre, Légui, Gourel Ourourbé, Darou Salam 2, Thiambé 2 plus la caserne de Gendarmerie, soit 3240 habitants. Il y a 9, 6 Km de canalisation, 5 bornes fontaines, 2 abreuvoirs, etc.

Quelques privilégiés ont pu avoir les robinets à domicile. Toute la journée aussi, le bétail vient s’abreuvoir près du forage, situé à l’extrémité du village. Un système de tarification a été mis en place, selon le président du Comité de gestion.

‘’La bassine d’eau est vendue à 15 francs Cfa. Pour un mouton ou une chèvre, le coût est de 100 francs Cfa. Une vache paie 200 francs Cfa’’, explique Amadou Yéro Thiam qui déplore toutefois les coûts induits par les fuites d’eau dues à un défaut dans le système de canalisation.

‘’Notre plus gros problème, ici, est la canalisation. Nous avons repris l’ancien système de canalisation lié à celui de la ville de Ourosogui. Or, avec la forte pression du forage, les fuites sont récurrentes. Cela induit des coûts de réparation sans compter l’augmentation de la consommation en carburant. Chaque semaine, nous pouvons dépenser jusqu’à 100 litres de carburant. Cela fait plus 60 000 mille francs Cfa par semaine. C’est lourd d’autant plus que la facturation ne rapporte pas tellement. Il faut régler le problème de la canalisation’’, ajoute M. Thiam.

OID/ASG