Avec Louise Mushikiwabo, Kigali ’’retrouve’’ la famille francophone
APS
MONDE-FRANCOPHONIE

Avec Louise Mushikiwabo, Kigali ’’retrouve’’ la famille francophone

 

Dakar, 11 oct (APS) – La désignation probable de la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, au poste de Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), va sans doute consacrer le retour de Kigali dans la famille francophone, alors que le pays avait dans un passé récent tourné le dos au français comme langue officielle au profit de l’anglais.

 
L’adoption de l’anglais comme langue d’enseignement et de l’administration, sur fond de différend avec la France au sujet du génocide, avait peut-être fait oublier à certains que le Rwanda est membre de la Francophonie depuis sa création en 1970.
 
Le pays des Mille Collines est pourtant sur le point d’offrir, sauf surprise, à l’OIF son prochain Secrétaire général à travers l’élection attendue vendredi de Louise Mushikiwabo, à l’occasion du sommet d’Erevan (Arménie).
 
Louise Mushikiwabo, 57 ans, bénéficie notamment du soutien du président français Emmanuel Macron et de l’Union africaine (UA), qui compte de nombreux Etats membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). 
 
Cette candidature était inattendue car le Rwanda s’était mis à l’anglais depuis 1994 sous la houlette du Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagamé. Et le pays a progressivement abandonné l’enseignement du français en faveur de l’anglais en 2010. Le président Paul Kagamé ne s’exprime d’ailleurs pas en français, du moins officiellement.
 
Mushikiwabo, actuelle ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et de la Communauté de l’Afrique de l’Est de la République du Rwanda aime se décrire comme "citoyenne du monde, profondément africaine, et originaire du village nommé +Rwanda+". 
 
L’ancienne ministre de l’Information du gouvernement du Rwanda, soutenue par la France, a de fortes chances d’être élue SG de la Francophonie face à la sortante, la Canadienne Michaëlle Jean qui semble plus que jamais isolée. Elle a d’ailleurs perdu le soutien de son pays qui a décidé d’adouber la candidate du consensus.
 
Louise Mushikiwabo, diplômée en langues et en interprétation de l’Université du Delaware aux États-Unis, maîtrise à la perfection le français et l’anglais, en plus de sa langue maternelle, le kinyarwanda, lit-on sur le site dédié à sa candidature. 
 
Sur le plan linguistique, le Rwanda, membre de la Francophonie depuis sa création en 1970, appartient, aujourd’hui, aussi bien à l’Afrique de l’Est anglophone et swahilophone, qu’à l’Afrique centrale, francophone et aux multiples langues régionales.
 
Née en 1961, non loin de la région de Kigali, Louise Mushikiwabo a étudié et vécu aux États-Unis pendant une vingtaine d’années, avant de rejoindre la Tunisie où elle a travaillé à la Banque africaine de développement au sein de la direction de la communication. 
 
Appelée par le président de la République du Rwanda à rejoindre l’équipe gouvernementale en mars 2008, Louise Mushikiwabo, "fortement marquée" par le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994, a co-écrit en 2006 le livre "Rwanda Means the Universe" (éditions Saint Martin’s Press).
 
Cet ouvrage est présenté comme "un mémoire socio-historique intergénérationnel et autobiographique, autour de la question du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994".
 
Sur le site Internet consacré à sa candidature, Louise Mushikiwabo est présentée comme une "femme politique africaine aux multiples facettes, (qui) a participé à de nombreuses émissions télévisées et radiophoniques sur des sujets rwandais et panafricains, et collaboré à de nombreux films documentaires primés". 
 
Elle est également récipiendaire du Outstanding Humanitarian Award 2004 de l’American University & School of International Studies. En mai 2018, le magazine Jeune Afrique a présenté Louise Mushikiwabo comme "l’une des plus influentes personnalités africaines sur le continent". 
 
Sa candidature au poste de Secrétaire général de la Francophonie est annoncée en mai 2018, fortement soutenue par son pays d’abord, puis endossée par l’Union Africaine lors du dernier Sommet des Chefs d’Etat tenu à Nouakchott en juillet 2018. 
 
Forte de son expérience de près de 10 ans à la tête de la diplomatie rwandaise, Louise Mushikiwabo compte mettre "ses compétences et son large réseau, au service de la défense des valeurs de la Francophonie, mais aussi et surtout, de la valorisation de l’Organisation sur l’échiquier mondial, ainsi que de la promotion d’une Francophonie économique tangible".
 
Sur le site dédié à sa candidature, elle déclare : "En tant que Secrétaire générale de la Francophonie, je compte donner de l’importance au français, dans un monde de plus en plus multilingue, car le rayonnement de la langue, c’est également le rayonnement des valeurs qui y sont rattachées. Il y a beaucoup à faire pour redonner au français une visibilité sur la scène internationale". 
 
"Il faut accroître les actions et les initiatives visant l’enseignement et l’usage du français pour en faire une langue largement parlée et que l’on est fier de pratiquer. Une langue utile, attractive et crédible sur le plan de l’éducation, des sciences, de la diplomatie, de la communication, des affaires, du droit et des réseaux sociaux. Je suis convaincue que nous pouvons réellement faire beaucoup mieux et beaucoup plus !", ajoute-t-elle.
 
"Tout en poursuivant la défense et la promotion des valeurs de l’Organisation internationale de la Francophonie qui sont universelles, je compte dédier mon mandat à la recherche de solutions concrètes face aux problématiques qui sont communes à tous les Etats et gouvernements membres", dit-elle encore.
 
Son projet pour l’OIF s’articule autour des quatre axes suivants : le rayonnement de la langue française, la pertinence de la Francophonie, l’emploi des jeunes, l’échange de bonnes pratiques.
 
L’OIF regroupe quatre-vingt-quatre Etats et gouvernements "ayant le français en partage".
 
 
 

OID/ASB/AKS/MD