Au cœur des communautés bénéficiaires des projets du PUDC
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SENEGAL-COLLECTIVITES-INFRASTRUCTURES-REPORTAGE

Au cœur des communautés bénéficiaires des projets du PUDC

De l’envoyé spécial de l’APS : Ousmane Ibrahima Dia

Koular (Foundiougne), 8 oct (APS) – Le Sénégal, en cette fin septembre, s’est recouvert d’un manteau vert, manifestation immédiate de la bonne pluviométrie de cette année. La végétation, le tapis herbacé et les champs d’arachide, de maïs, mil, sorgho et de niébé s’étendent à perte de vue, mettant davantage en exergue la beauté de la nature.
 
Ainsi en est-il du tronçon Koutango-Keur Saloum Diané, dans la zone de Toubacouta (Fatick). Mais pour les habitants des villages, plus que les paysages verdoyants, c’est l’état de la route qui fait le bonheur.
 
‘‘Il y avait une route complètement dégradée, coupée en deux parfois par un cours d’eau (le Min-miyang). Les gens font la traversée à pied’’, rappelle l’adjoint au maire de Keur Saloum Diané, El Hadj Diaw.
 
Aujourd’hui, tout le monde exulte depuis le début des travaux de réalisation de la piste Koutango-Keur Saloum Diané, dans le cadre du Programme d’urgence de développement communautaire (PUDC).
 
‘’Nous sommes très contents. Nous avons attendu longtemps la réalisation de cette infrastructure. Nous avons un collège, un dispensaire. Mais l’absence d’une bonne route était un problème qui est en passe d’être résolu’’, lance le chef du village de Koular, Bakary Kandji.
 
Au total, 26,5 kilomètres sont en cours de réalisation pour desservir les localités d’Ali Mbat, Hamady Guénar, Nidji, Koular, Sinthiou Bodian, Keur-Lahir Sokhna, Keur Macoumba. 
 
Koular, Keur Sagar Ndiaye, Thyeti, Diyabougou, Djinani, Keur Katim, Saré Bamol, entre autres. Ces localités situées au centre, au sud et à l’est du Sénégal, ont partagé en commun pendant longtemps bien des choses, en dépit de leur éloignement géographique les unes des autres : l’enclavement et le manque d’eau.
 
 De Koungheul à Makka Gouye : 25 km de piste
 
Désormais les choses changent dans ces différentes contrées rurales à la faveur du PUDC, officiellement lancé en juillet 2015 par le gouvernement sénégalais.
 
La distance séparant Koungheul de Makka Gouye, dans la région de Kaffrine, est de 25 km. En lieu et place d’un sentier marqué par les ravins, une nouvelle piste a vu le jour pour un coût de 960.126. 468 francs CFA et fait le bonheur des habitants de Keur Ali Laobé, Keur Bara, Sinthiou Sali, Diam Diam, Koungheul Sossé, Niama Mbowène, Pakabouré, Diokoul Wadène, entre autres.
 
Trouvé sous un arbre géant, le chef du village de Keur Sagar Ndiaye est tout heureux. "Avec la nouvelle piste, la distance se parcourt en une heure, parfois moins. C’est extraordinaire. Cette piste fait du bien à tout le monde. L’écoulement des produits agricoles sera plus facile", confie Ibrahima Ndiaye.
 
Plus au sud, dans le département de Médina Yoro Foula, c’est une piste de treize kilomètres et demi (13,5) qui contribue désormais au désenclavement de la commune rurale de Thieyti, dans l’arrondissement de Sara Bidji. 
 
D’un coût de plus de 295 millions de francs CFA, cette piste part de Thieyti à Boussimbala en passant par Dioumana, Sinthian Fatawaro, Diyabougou, entre autres, soit une population de 771 habitants.
 
 Le hameau de Diyabougou s’agrandit 
 
Selon le maire, Alassane Baldé, c’est la première fois depuis l’indépendance du Sénégal qu’une telle infrastructure est réalisée dans cette commune spécialisée principalement dans l’agriculture et l’élevage. 
 
"Grâce à la nouvelle piste, un marché hebdomadaire est organisé à Thieyti le mardi. Cela permettra à la commune d’avoir des recettes", soutient-il.
 
A un jet de pierre de Thieyti, le hameau de Diyabougou, niché au milieu des arbres et entouré de champs de mil et de maïs, commence aussi à sortir de l’isolement depuis sa fondation en 1932. Du coup, il enregistre l’arrivée d’autres familles, témoigne le responsable du village, Mawndé Baldé, 67 ans, infirmier à la retraite, après avoir servi dans les régions de Kolda et Sédhiou.
 
A Djinani, dans le département de Boukiling, les habitants ne mettent plus des heures pour aller à Mandina Wandifa, distant seulement de 25 kilomètres. Dans cette commune de plus de 4000 habitants répartis entre 18 villages, la Gambie, située à 9 km, est le recours pour contourner l’enclavement. 
 
"Grâce à la nouvelle piste, le trajet Djinani-Madina Wandifa est parcouru en 17 minutes alors qu’auparavant, on pouvait y passer 2 heures de temps. Aujourd’hui, nous nous sentons entièrement Sénégalais", témoigne le maire Moussa Fadel.
 
"Avec cette barrière naturelle que constitue la forêt, nous avons l’impression d’être dans un enclos. Cette piste renforce notre appartenance à la nation sénégalaise. L’enclavement est un facteur bloquant à plus d’un titre. La piste va faciliter le transport, l’écoulement des produits agricoles et l ’’évacuation des malades", ajoute l’élu local.
 
 
Le PUDC fait état d’un "niveau d’exécution appréciable" de ses projets
 
 
Le PUDC a enregistré un niveau d’exécution "appréciable" en termes de pistes, selon son directeur national, Cheikh Diop, qui s’exprimait à la fin d’une mission d’inspection de 8 jours dans les régions de Diourbel, Kaolack, Fatick, Kaffrine, Tambacounda, Kolda, Sédhiou et Louga.
 
 
Sur un linéaire prévu de 3000 kilomètres, le PUDC a déjà réalisé 790 kilomètres pour les séries 1 et 2, soit un niveau d’exécution de 60%. Les études sont finalisées pour la réalisation de 2621 kilomètres dont 1000 kilomètres seront réalisés en 2017.
 
Le volet hydraulique du programme étanche également la soif des hommes et du bétail. Grâce à la formule du forage multi-villages, de nombreuses localités sont désormais alimentées en eau potable. C’est le cas à Keur Katim (Kaolack) et à Saré Bamol (Tambacounda).
 
A l’échelle du territoire, 157 forages multi-villages et 70 châteaux d’eau ont été réalisés, soit un taux de réalisation de 80 à 90%, selon le directeur national du PUDC, Cheikh Diop soulignant que la plupart des ouvrages sont déjà fonctionnels.
 
Pour le volet équipements post-récoltes, les travaux de fabrication et d’assemblage de plus de 5000 équipements sont presque finalisés. La distribution a déjà démarré dans les régions de Fatick, Kaffrine et Kédougou.
 
C’est à Dalla-Ngabou, dans la région de Diourbel, que l’entreprise Somaphy a installé son site d’assemblage. Ici, 60 ouvriers sont à pied d’œuvre pour procéder à l’assemblage de 1491 équipements dont des décortiqueuses d’arachide, des presses à huile, des broyeuses d’arachide, des torréfacteurs, des moulins à café et moulins à mil.
 
"C’est un centre de livraison des équipements qui est installé au centre du Sénégal", dit le directeur général de l’entreprise Somaphy, Moustapha Diagne. A partir de ce site, "la livraison des équipements se fera facilement". "Je suis dans ce secteur depuis 30 ans, mais c’est la première fois que je gagne un marché de cette envergure", souligne t-il.
 
S’agissant du volet électrification rurale, les travaux se déroulent normalement, relève également Cheikh Diop, soulignant qu’il est prévu l’électrification de 406 villages, soit un réseau de 2000 kilomètres. D’autres lots seront distribués d’ici la fin du mois d’octobre. 
 
De même, les riziculteurs de la vallée ont reçu 400 motopompes sur une commande de 600 unités, dans le cadre d’un partenariat avec la SAED, la Société nationale d’aménagement des terres du delta et de la vallée du fleuve Sénégal.
 
 Renforcement du sentiment d’appartenance à la nation sénégalaise
 
Pour un technicien du PUDC, la mise en place de ces infrastructures a renforcé chez les bénéficiaires un sentiment d’appartenance à la nation sénégalaise. 
 
"On ressent la joie de ces populations. Elles se sentent citoyennes, elles se disent : nous aussi on bénéficie des grands projets de l’Etat, des deniers publics. Ces infrastructures renforcent le sentiment d’appartenance à la nation sénégalaise", témoigne t-il.
 
Ce spécialiste de l’hydraulique ajoute : "Il faut voir la réaction des populations lorsque nous procédons aux tests de vérification du débit d’un forage et du niveau de la nappe phréatique. Pour cela, il faut pomper l’eau pendant des heures et des heures". 
 
"Les populations pensent que c’est du gaspillage. Elles viennent avec toutes sortes de récipients pour recueillir l’eau, faire la vaisselle. Il y a le bétail qui accourt de partout. Vous comprenez alors que l’eau était un besoin pour ces populations et le bétail", a-t-il poursuivi.
 
Un autre habitué des missions d’inspection du PUDC confie : "Cela traduit une allocation équitable des ressources publiques. Pour l’eau par exemple, vous-vous rendez compte que des populations, dans le département de Linguère, par exemple, parcourraient des dizaines de kilomètres et passaient des heures à la recherche du liquide précieux. Il y en a qui revenaient les fûts et autres réservoirs vides parfois’’.
 
Aujourd’hui, se pose le défi de la pérennisation des ouvrages hydrauliques. C’est dans cette perspective que le PNUD/PUDC et l’Office de gestion des forages ruraux (OFOR) ont signé en avril dernier un protocole en vue d’un transfert de la gestion des forages.
 


OID/BK